La conférence de l’OMC échoue sur les divergences Nord-Sud

La conférence de l’OMC échoue sur les divergences Nord-Sud

Les pays riches et les pays du Sud ont été incapables d’aplanir leurs différences et de faire passer leurs intérêts nationaux au second plan, provoquant dimanche un échec de la conférence ministérielle de l’OMC à Cancun.

C’est le deuxième échec d’une conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce après celle de Seattle en 1999, marquée par de violentes manifestations.
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Dès l’annonce de l’échec au Centre de conférences de Cancun, les représentants des organisations non gouvernementales (ONG) ont laissé éclater leur joie. Ces dernières ont faiblement mobilisé durant la conférence, marquée par des manifestations qui n’ont pas rassemblé plus de 5.000 personnes.

La plus grosse, mercredi, a été endeuillée par le suicide d’un paysan sud-coréen qui entendait protester contre l’ouverture du marché agricole de son pays.

Le Programme de développement de Doha, nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales lancé au Qatar en 2001, est désormais au point mort. Un constat dont se défendent les ministres, excepté le commissaire européen au commerce Pascal Lamy pour qui « Cancun a échoué ».

Dans leur communiqué final, les ministres parlent de « progrès considérables » et affirment leur volonté de faire aboutir le cycle de négociations commerciales multilatérales. Individuellement, les acteurs sont moins optimistes.

« J’avoue que je suis très déçu par la façon dont nous avons conclu cette réunion », a déclaré Supachai Panitchpakdi, le directeur général de l’OMC, en promettant de s’efforcer « de reconstruire le processus » au plus tard le 15 décembre avec les ambassadeurs des pays membres au siège de l’OMC à Genève. « La tâche est devenue plus compliquée », a-t-il reconnu.

Une analyse partagée par M. Lamy qui doute que « les ambassadeurs parviennent à se mettre d’accord là où les ministres ont échoué ».

Son homologue américain, Robert Zoellick, a également affiché son pessimisme sur le calendrier de négociation, qui prévoit la conclusion du cycle de Doha fin 2004. « Il est difficile de croire, dans la situation où nous nous trouvons maintenant, que nous serons capables de terminer à temps ».

Les pays du Sud, placés au coeur du nouveau cycle, ont pris une place importante à Cancun en formant le G22, un groupe emmené par le Brésil, l’Inde et la Chine, qui exigeaient la fin des subventions aux exportations agricoles des pays riches.

Au nom de ce groupe, le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, s’est félicité que le G22 soit devenu « un acteur respecté » au sein de l’OMC et assuré qu’il « continuera à jouer un rôle décisif » dans les négociations agricoles.

Contrairement aux craintes en début de conférence mercredi, ce ne sont pas les divergences sur l’agriculture qui sont à l’origine de la rupture mais les sujets plus obscurs de l’investissement, la concurrence, la simplification des formalités douanières ou la transparence des marchés publics.

Si l’Europe souhaitait l’ouverture de négociations sur ces sujets dits de Singapour, comme d’ailleurs le Japon et dans une moindre mesure les Etats-Unis, les pays en développement comme l’Inde y étaient farouchement opposés.

Dimanche, les PVD ont refusé le lancement de négociations sur un seul des quatre sujets de Singapour. Dès lors, le président de la conférence ministérielle, le ministre mexicain des affaires étrangères Luis Ernesto Derbez, savait qu’il lui était impossible de faire plier les pays riches sur l’agriculture. La seule issue était donc pour M. Derbez de dresser un constat d’échec.

Un échec provisoire car le cycle de négociations commerciales de Doha « n’est pas mort (…) il est en soins intensifs », a noté Pascal Lamy.

[source – yahoo.com] (AFP)