Oubliée pendant plus de 20 ans, une pollution de la nappe phréatique alsacienne, provoquée par l’accident en 1970 à Benfeld (Bas-Rhin) d’un camion contenant un solvant toxique, le tétrachlorure de carbone (CCl4), va être enfin traitée à partir de 2004.
« Des pollutions locales, il y en a énormément dans la région, mais celle-ci est d’ampleur exceptionnelle », observe Alain Cassard, ingénieur à la Direction départementale de l’agriculture et de la forêt (DDAF) et conseiller à la mise en oeuvre du chantier de dépollution.
Cette pollution « historique », car ancienne, forme un « panache » large d’un kilomètre s’étirant sur une douzaine de kilomètres entre Benfeld et Nordhouse en passant par Erstein (Bas-Rhin), où les premières traces de CCl4 sont découvertes en 1991. A l’époque une nouvelle réglementation oblige à rechercher les produits chlorés dans les eaux destinées à la consommation.
La présence massive du solvant est confirmée l’année suivante, obligeant la commune à demander à ses 8.000 habitants de ne plus boire l’eau du robinet pendant plusieurs mois, le temps d’installer une station de traitement de l’eau et avant la mise en service d’un autre puits.
Pendant 22 ans, « la population a pu boire de l’eau polluée », reconnaît le maire d’Erstein, Théo Schnée, mais pas en quantité suffisante « pour s’affoler sur le plan de la santé publique ».
L’origine de la pollution est finalement identifiée à l’automne 1992 grâce un rapport de police et une note du Service de la carte géologique d’Alsace et de Lorraine (SCGAL), déterrés des archives.
Le premier mentionne le renversement le 11 décembre 1970 à Benfeld d’un camion transportant près de 13.000 litres de CCl4, dont 4.000 litres environ n’ont pu être récupérés. La deuxième, dont l’AFP a obtenu une copie, énonce clairement « la toxicité du produit », « les risques de pollution de la nappe » et « la nécessité d’un dispositif de contrôle ».
Une note « excellente qui n’a pas eu de suites », déplore Théo Schnée. Pourtant, elle « a été transmise aux autorités compétentes », assure le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), qui a remplacé le SCGAL dans les années 1970.
« A l’époque, les gens ont mal évalué le risque de migration du produit dans la nappe », estime Marc Hoeltzel, directeur adjoint de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, n’hésitant pas évoquer une responsabilité collective.
« En 1970, les moyens d’agir n’étaient pas ceux d’aujourd’hui. Maintenant, on pourrait contraindre les responsables », se défend Christophe Fotré, du service eau et environnement de la DDAF.
La polémique n’est pas éteinte puisqu’une procédure judiciaire, entamée en 1992 par la ville d’Erstein, est toujours en cours.
Un premier dédommagement de 1,5 million d’euros a été versé par le GAN, assureur de la défunte société de transport Onatra – à qui appartenait le camion – qui s’est retourné à son tour contre les communes de Benfeld et d’Erstein et les différents services de l’Etat concernés.
Cette procédure explique entre autres l’écoulement de dix années supplémentaires pour que soit créée en août 2002 une structure de dépollution, inédite en France, associant collectivités locales et Etat, et qu’une échéance soit fixée pour le lancement des travaux: début 2004.
[source – yahoo.com] (AFP)
