Samedi, la vie a repris son cours à New York, Toronto ou Detroit après la remise en route progressive du réseau électrique. La cause de la panne a été localisée côté américain, près de Cleveland.
La vie a repris samedi 16 août son cours normal pour les quelque 50 millions de citadins d’Amérique du Nord surpris jeudi à l’heure de sortie des bureaux par une panne d’électricité en cascade, même si samedi soir, certains secteurs continuaient de subir des coupures de courant isolées, du Michigan au Connecticut en passant par la province canadienne de l’Ontario. Des millions d’Américains et de Canadiens ont donc retrouvé une vie normale samedi, la capitale de l’automobile, Detroit étant la dernière grosse métropole à retrouver le courant, tandis que le trafic aérien se normalisait.
Deux jours après la panne, qui s’est propagée comme une chute de dominos dans la régions des Grands lacs nord-américains, un groupe de travail américano-canadien va s’employer à chercher la cause du phénomène, tandis que les opérateurs s’emploient activement à rétablir le courant avant lundi, premier jour d’une semaine de travail. « Tant que les sytèmes ne seront pas complètement rétablis et opérationnels et que la demande ne retrouvera pas son niveau normal, (…) il restera toujours la possibilité de délestages par roulement », a prévenu le secrétaire à l’énergie américain, Spencer Abraham, à l’issue de consultations avec les gouverneurs des Etats de New York, du New Jersey et du Connecticut. « Notre premier objectif est de remettre en état de marche le système existant. Tout cela va prendre du temps », a-t-il dit aux journalistes.
Ces trois Etats américains, où une trentaine de millions de citadions ont été touchés par la panne, ont réclamé du ministre, selon l’expression utilisée par le gouverneur du New Jersey, Jim McGreevey, « une enquête exhaustive et sans concession » sur l’origine de la catastrophe. « Il est impossible d’affirmer à 100 % que ce genre de phénomène ne se reproduira pas à l’avenir tant qu’on ne saura pas ce qui s’est vraiment passé et quelles sont les mesures à prendre pour l’éviter », a souligné le gouverneur de l’Etat de New York, George Pataki.
DÉFAILLANCES TECHNIQUES ET HUMAINES
Pour le Conseil national de fiabilité de l’électricité, les coupures en chaîne auraient été provoquées par un incident sur les lignes à haute tension des environs de Cleveland, dans l’Ohio. « Nous sommes quasiment certains désormais que le problème a démarré dans l’Ohio, a déclaré Michehl Gent, président de ce conseil. Nous essayons à présent de comprendre pourquoi la situation n’a pas été maîtrisée après que trois lignes ont rompu. » L’hypothèse de défaillances techniques et humaines dans la chaîne d’alerte après un accident initial survenu au sud de Cleveland était privilégiée samedi. « Le système de sécurité a été conçu pour prévenir ce genre de défaillances en cascade. Il aurait dû fonctionner », a rappelé M. Gent.
Plus précisément, ce sont les systèmes d’alarme de l’opérateur FirstEnergy Corp., propriétaire de deux des trois lignes défaillantes, qui n’auraient pas fonctionné. Selon le porte-parole de la compagnie, celle-ci savait que ce système était hors service.
Dans la ville de New York, l’alimentation en électricité a été totalement rétablie vendredi soir après 29 heures sans courant. Le métro a recommencé à fonctionner samedi, tandis que les magasins et les restaurants rouvraient pour leur première journée normale, espéraient-ils, depuis jeudi après-midi. Les autorités ont toutefois exhorté les abonnés à ne pas gaspiller l’énergie en s’abstenant d’allumer lumières, climatiseurs et machines à laver. Samedi, les néons de Broadway se sont rallumés et les 11 400 feux de circulation géraient de nouveau le trafic, tandis que dans de nombreux quartiers, le retour du courant a été accueilli par des cris de joie.
Le gouverneur de New York, George Pataki, a néanmoins demandé samedi aux habitants de l’Etat de continuer à économiser l’énergie, en attendant le retour aux pleines capacités de production. « On est toujours dans un délicat équilibre entre ce que nous pouvons produire et la demande, a-t-il expliqué. Nous disposons dans l’Etat de 21 000 mégawatts, et la demande anticipée (pour samedi) est de 24 400. » Il a expliqué que les six générateurs nucléaires de l’Etat étaient encore arrêtés, espérant leur redémarrage « dans la journée ».
BILAN LÉGER
Paralysée et plongée dans le noir, la ville a vécu ces 29 heures hors du temps dans le calme. La police, selon son patron Ray Kelly, a procédé à « 250 à 300 interpellations liées à la coupure ». Selon lui, « c’est peu ». C’est en tout cas loin des 3 400 arrestations de la précédente grande panne, en 1977, qui avait donné lieu à d’intenses pillages.
Cette fois-ci, trois morts, dont un garçon de six ans et un septuagénaire, décédés dans des incendies, ont été enregistrés. Les pompiers ont surtout été mobilisés par les feux générés par des bougies ou des générateurs défectueux. Ils ont également dû dégager un grand nombre de personnes coincées dans les ascenseurs (800 sauvetages). Au total, la ligne d’urgence 911 a reçu 80 000, appels tandis que les urgences médicales se déplaçaient surtout pour des cas liés à la chaleur. « Tout le monde s’est entendu, il n’y a eu presque aucun crime, ni accident. New York et les New-Yorkais peuvent être fiers », a dit Michael Bloomberg, le maire de la ville.
Les autorités municipales de New York ont évalué avoir perdu 40 millions de dollars de taxes non perçues durant la panne, à quoi s’ajoutent dix millions de dollars au titre du paiement des heures supplémentaires.
SITUATION QUASI-NORMALE DANS L’ONTARIO
A Detroit, où les trois géants américains de la construction automobile, General Motors, Ford et Chrysler, ont été contraints de fermer 54 usines jusqu’à lundi matin, la compagnie d’électricité a rétabli le courant partout samedi à l’aube, après 36 heures de pannes.
De son côté, le Canada jouissait avec prudence samedi du retour quasi-total de l’électricité, mais l’Ontario économisait encore le précieux courant pour éviter de faire sauter un système resté fragile.
Dans sa métropole, Toronto, la capitale financière du pays, le métro ne fonctionnait toutefois pas encore samedi matin, le réseau n’étant pas assez solide pour une telle ponction. Quelque 17 500 mégawatts étaient disponibles pour la province alors qu’un samedi normal tire sur 19 000 MW, reconnaissaient les distributeurs d’électricité.
« Tout n’est certainement pas revenu à la normale », a prévenu le premier ministre ontarien, Ernie Eves, en appelant la population à économiser en n’utilisant pas les lave-vaisselle, machine à laver ou air-conditionné, une recommandation plus facile à suivre samedi, journée pluvieuse sur Toronto.
[source – lemonde.fr] AFP, AP et Reuters
