Croissance zéro pour les Douze au deuxième trimestre

La zone euro a évité de justesse le recul de sa croissance entre avril et juin. Mais, après l’Italie, l’euro fort a entraîné l’Allemagne et les Pays-Bas en récession. La Commission ne prévoit qu’un rebond modéré sur le reste de l’année.

Le PIB de la zone euro est resté stable au deuxième trimestre 2003, conformément aux attentes des économistes. Selon Eurostat, le PIB européen affiche donc une très modeste hausse en glissement annuel : +0,4%. Au premier trimestre, la croissance était de 0,1% sur un trimestre et de 0,9% sur un an.

Ce trimestre marque donc un net ralentissement de la croissance de la zone euro. Le différentiel de croissance entre les Douze et ses principaux partenaires, Japon et Etats-Unis atteint désormais 0,6 point contre respectivement 0,1 et 0,2 point au premier trimestre.

Cette situation n’est nullement une surprise puisque la vigueur de l’euro a « plombé » les exportations des entreprises de la zone. Après la parution des chiffres pour l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie, on pouvait même craindre un passage dans le rouge de la croissance du Vieux continent. Pour le moment, en effet, et avant la parution des chiffres français prévus la semaine prochaine, seule la Grèce a enregistré une hausse de son PIB sur le deuxième trimestre. Et encore cette hausse (+0,4%) est-elle bien inférieure à celle du premier trimestre (+2,9%).

Pour le reste de l’année, la Commission européenne s’attend à une croissance encore modeste pour les Douze qui serait comprise entre 0 et +0,4%. Au quatrième trimestre, le redressement pourrait être encore plus net avec une croissance comprise entre 0,2% et 0,6%. Mais si l’on se fie aux signes venant des Etats-Unis et du Japon, l’écart de croissance devrait rester encore largement au désavantage de la zone euro.

Un peu plus tôt dans la matinée, l’Allemagne a retrouvé, sans surprise, la récession au premier semestre 2003. L’Office fédéral des statistiques (D-statis) a en effet annoncé jeudi que le PIB allemand avait reculé de 0,1% au deuxième trimestre. Comme cette baisse fait suite à une diminution du PIB de 0,2% au premier trimestre, l’Allemagne est, techniquement, de nouveau entrée en récession. Elle rejoint ainsi l’Italie (lire ci-contre) et les Pays-Bas (lire ci-dessous).

En fait, l’Allemagne n’a pas réellement rebondi depuis sa dernière courte période de récession du deuxième semestre 2001. Comme le note Thomas Hueck, économiste chez HypoVereinsbank, « l’économie n’a pas bougé depuis trois ans ». Elle a même nettement reculé. Pour preuve, sur un an, le PIB a reculé de 0,6% au deuxième trimestre. Au trimestre précédent, la croissance en glissement annuel était de +0,4%.

Principale source de ce nouveau recul, la vigueur de l’euro par rapport au dollar et à la livre sterling. D-Statis note ainsi que « le déclin de la production a été caractérisé par un déclin des exportations, plus fort que celui des importations ». Un déclin en grande partie dû à l’effet devise, même s’il ne faut pas négliger l’effet du SRAS et des conséquences de la guerre américano-irakienne. Pour Rainer Sartoris, économiste chez INGS’) »>]HSBC Trinkhaus & Burkardt, « les exportations ont reculé à cause de l’euro fort et la demande intérieure n’est pas parvenue à donner de l’élan à l’économie ».

Et c’est bien là que le bât blesse. L’économie allemande, trop dépendante de ses échanges internationaux ne dispose plus, depuis plus de trois ans, de véritable demande intérieure. Est-ce sur le point de changer ? Les réformes importantes engagées par Gerhardt Schröder visent évidemment à relancer cette demande (lire ci-contre). On a pu par ailleurs remarquer un véritable rebond de la confiance des industriels et des consommateurs. Mais tout ceci prendra du temps à se concrétiser et devrait encore rester insuffisant. Pour Rainer Sartoris, les baisses d’impôt « ne donneront pas l’élan nécessaire, mais devrait contribuer, en cas de croissance globale, à une stabilisation de l’économie ». Quant à Gerd Hassel, économiste chez ING BHF, il affirme qu’un « retournement de la demande intérieure est peu probable ».

L’Allemagne en est donc encore à espérer une reprise de l’économie américaine pour faire repartir sa machine par le biais des exportations. Mais cette hypothèse suppose un euro plus stable. Du coup, les économistes sont encore des plus prudents pour le reste de l’année. Rainer Sartoris attend ainsi une baisse de 0,2% du PIB sur l’ensemble de l’année.

[source – latribune.fr]