L’Allemagne a confirmé jeudi qu’elle était en récession en affichant un nouveau recul de son PIB au deuxième trimestre sous le poids de l’euro fort, mais le chancelier Gerhard Schroeder veut croire qu’il peut relancer la machine grâce à un vaste train de réformes.
La première économie de la zone euro a enregistré d’avril à fin juin un recul de son Produit intérieur brut (PIB) de 0,1% par rapport au premier trimestre de l’année, selon l’Office fédéral des statistiques. Si Gerhard Schroeder a réfuté le terme de « récession », et préfère celui, plus pudique, de « stagnation », les chiffres publiés jeudi disent le contraire: l’Allemagne est bel et bien engluée dans une récession technique, définie par deux trimestres consécutifs de recul du PIB.
De janvier à fin mars, celui-ci s’était contracté de 0,2% après un « zéro rouge » (-0,03%) au quatrième trimestre, entérinant de facto l’entrée du pays dans sa deuxième récession en moins de deux ans. De piètres performances, attendues des experts, qui s’expliquent par la faiblesse des exportations: le moteur traditionnel de croissance de l’Allemagne est enrayé par l’euro fort, qui mine la compétitivité du pays à l’étranger.
Un coup dur pour l' »homme malade de l’Europe », qui compensait jusqu’ici l’atonie de sa consommation intérieure en commerçant hors de ses frontières. Selon le ministre de l’Economie Wolfgang Clement, « les incertitudes tenaces ayant suivi la fin de la guerre en Irak, ainsi que les grèves dans l’est de l’Allemagne », en juin, ont également contribué à freiner la croissance.
Maigre consolation, l’Allemagne n’est pas la seule à la peine en Europe. Les Pays-Bas sont également demeurés en récession au deuxième trimestre avec un recul de leur PIB de 0,5% par rapport au premier trimestre. L’Italie, quant à elle, a rejoint la semaine passée le club des pays récessionistes. Résultat: la zone euro a fait du sur-place d’avril à fin juin, avec une croissance zéro. M. Clement s’est malgré tout montré optimiste, en pronostiquant une « légère reprise » au deuxième semestre.
Quelques petites lueurs d’espoir ont en effet pointé ces dernières semaines. L’indice Ifo mesurant le climat des affaires en Allemagne a notamment augmenté pour la troisième fois consécutive en juillet. Quant au chancelier Schroeder, il veut croire que son programme de réformes, comprenant baisses d’impôts massives, refonte du marché du travail et du système de santé, va contribuer à sortir le pays de l’ornière.
Selon le social-démocrate, les seuls cadeaux fiscaux prévus en 2004 devraient apporter « un demi à un pour cent » de croissance l’an prochain. En attendant, la plupart des experts et instituts de conjoncture restent sceptiques sur les chances de croissance de l’Allemagne cette année. Et jugent inatteignable le pronostic officiel de Berlin, qui rêve toujours d’une croissance de 0,75% en 2003.
« Même si une croissance de rattrapage paraît inévitable au second semestre 2003, elle restera limitée », juge Marc Touati, de Natexis Banques Populaires, qui table sur une hausse de seulement 0,2% du PIB allemand cette année. « La force de l’euro du premier semestre n’a pas fini de produire ses effets négatifs sur les exportations. Et le moral des patrons et des consommateurs reste bas, tandis que le chômage reste sur une pente haussière », explique-t-il. « La croissance ne reprendra qu’en 2004, grâce aux baisses d’impôts », estime quant à lui Holger Fahrinkrug, d’UBS Warburg.
[source – yahoo.com] (AFP)
