Dominique de Villepin a affirmé que la France refusait la « logique de guerre » contenue dans les dernières propositions britanniques sur l’Irak et a répété que l’ultimatum fixé au 17 mars était inacceptable.
« Nous ne pouvons pas accepter les propositions britanniques, dans la mesure où elles se situent dans la logique de guerre, dans une logique d’automaticité du recours à la force », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, qui était invité sur France 2.
Il a souhaité que les tâches clés que la communauté internationale veut imposer à l’Irak soient « en rapport avec les besoins des inspecteurs (en désarmement de l’Onu) sur le terrain » et que « le cadre qui soit fixé, c’est-à-dire le délai, soit lui-même raisonnable ».
« C’est sur cette base, nous pensons, que l’on peut retrouver l’unité du Conseil (de sécurité des Nations unies). Encore faudrait-il que le texte qui soit sur la table ne soit pas un texte qui soit dans une logique d’ultimatum », a-t-il insisté.
« Le texte, la proposition britannique, américaine et espagnole fixe un ultimatum à la date du 17 mars et cela nous pensons que ce n’est pas acceptable », a-t-il ajouté.
Dans un communiqué publié en début de matinée, le chef de la diplomatie française avait souligné que les propositions britanniques « ne répondent pas aux questions posées par la communauté internationale ».
« Il ne s’agit pas d’accorder quelques jours supplémentaires à l’Irak avant de s’engager dans le recours à la force mais d’avancer résolument dans la voie du désarmement pacifique tracée par les inspections qui sont une alternative crédible à la guerre », a plaidé le ministre français.
Dominique de Villepin a rappelé que les inspections « produisent des résultats, comme l’ont indiqué les inspecteurs Hans Blix et Mohammed ElBaradeï dans leur rapport du 7 mars ».
« La France soutient les efforts de tous les pays du Conseil de sécurité qui veulent, dans l’esprit de la résolution 1441, donner un délai réaliste à l’Irak pour aboutir à un désarmement effectif », a-t-il déclaré.
« Le succès de ce désarmement exige une coopération pleine et entière des autorités irakiennes », a souligné le ministre.
Le Quai d’Orsay a de son côté contesté les propos de certains responsables américains, qui ont affirmé que la menace de veto au Conseil de sécurité brandie par la France allait rendre plus difficile le désarmement de l’Irak.
POUR RICHARD PERLE, CHIRAC A MANQUE A SA PAROLE
« Bien au contraire. Vous connaissez notre position et nos efforts pour accélérer et rendre plus efficace le désarmement pacifique de l’Irak », a déclaré François Rivasseau, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
François Rivasseau a par ailleurs rejeté les accusations d’un conseiller de George W. Bush, Richard Perle, qui avait affirmé que la moitié des matériels militaires irakiens était d’origine russe et l’autre moitié d’origine française.
« C’est de la polémique. Depuis 1990, l’embargo sur l’Irak établi par la résolution 687 est strictement respecté par la France », a dit le porte-parole du Quai d’Orsay.
Richard Perle, qui était jeudi matin sur RTL, a affirmé que le président Jacques Chirac avait manqué à sa parole en annonçant l’opposition de la France à une deuxième résolution de l’Onu sur l’Irak.
Il a aussi réaffirmé qu’un rejet de cette résolution n’empêcherait pas les Etats-Unis d’entrer en guerre.
« Notre président était convaincu que les Etats-Unis et la France étaient d’accord sur un point essentiel de la résolution (1441), à savoir que, si Saddam Hussein ne procédait pas à un désarmement total, il s’exposait à des conséquences sérieuses. Notre président s’aperçoit que la France a changé les règles du jeu après le début de la partie », a-t-il souligné.
Prié de dire si à ses yeux la France avait trahi les Etats-Unis, il a répondu : « je ne vois pas d’autre explication pour la menace de veto sur la deuxième résolution ».
Il a toutefois écarté l’éventualité de sanctions économiques à l’encontre de la France. « Je ne crois pas à ça (…) la France reste une amie des Etats-Unis. Personne ne souhaite que ces questions fassent des dégâts dans les relations entre deux pays amis et alliés », a dit Richard Perle, qui possède une maison dans le sud de la France.
Interrogé sur i-télévision, le porte-parole de l’UMP Renaud Donnedieu de Vabres a réagi aux propos de Richard Perle, estimant que « l’heure n’est pas aux invectives mais à l’esprit de responsabilité ».
« Le président de la République a aujourd’hui une audience mondiale dans la gestion de la crise irakienne. C’est certainement cela qui dérange mais rien ne nous fera changer notre ligne de conduite jusqu’à la dernière heure, pour éviter cette guerre inutile », a-t-il ajouté.
[source – yahoo.com]
