{"id":794,"date":"2003-02-01T00:00:00","date_gmt":"2003-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/destinationcyber.com\/?p=794"},"modified":"2003-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2003-01-31T23:00:00","slug":"cd-dvd-les-vertus-du-piratage-prive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/destinationcyber.com\/?p=794","title":{"rendered":"CD, DVD : les vertus du piratage priv\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">La copie ill\u00e9gale de CD audio et de DVD vid\u00e9o, apr\u00e8s celle des logiciels, d\u00e9cha\u00eene les passions. Celle des pirates comme celle des industriels de la musique et du cin\u00e9ma. <\/p>\n<p>Entre les deux, abasourdi par le vacarme et les impr\u00e9cations, le consommateur peut se sentir \u00e9tonnamment absent du d\u00e9bat. Lui qui paye sur ces supports culturels la TVA des produits de luxe, qui s&rsquo;est souvent acquitt\u00e9 deux fois des droits d&rsquo;auteur lorsqu&rsquo;il a converti sa discoth\u00e8que vinyle en CD, qui a investi dans des cha\u00eenes hi-fi co\u00fbteuses avant de s&rsquo;\u00e9quiper en ordinateur et en connexion Internet, lui qui r\u00e8gle une redevance sur les supports vierges repr\u00e9sentant jusqu&rsquo;\u00e0 50 % de leur prix de vente, voit aujourd&rsquo;hui contest\u00e9e sa libert\u00e9 de copier, pour son propre usage, ce qu&rsquo;il a d\u00fbment achet\u00e9.      <\/p>\n<p>Il en serait ainsi fini de la prudente sauvegarde d&rsquo;un CD ou d&rsquo;un DVD, pay\u00e9 entre 15 et 30 euros pi\u00e8ce. Finie la compilation des titres pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Cela au motif que la libert\u00e9 du consommateur honn\u00eate ouvre la porte aux men\u00e9es des pirates. Et que les activit\u00e9s coupables de ces derniers nuisent aux artistes en les d\u00e9pouillant de leurs justes droits d&rsquo;auteur. Ce raisonnement, largement propag\u00e9 par les maisons de disques, appelle plusieurs commentaires.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par les faits. L&rsquo;industrie du disque fonde sa strat\u00e9gie, visant \u00e0 supprimer le droit \u00e0 la copie priv\u00e9e, sur les r\u00e9sultats des ventes mondiales de musique. Au premier semestre 2002, selon les estimations de la Recording Industry Association of America, ces derni\u00e8res accusent une perte de 9,2 % en valeur et de 11,2 % en volume. Un bilan dans lequel les CD ne reculent que de 7 %, tandis que les singles chutent de 17 % et les cassettes pr\u00e9enregistr\u00e9es de 31 %. Les Etats-Unis reculent de 6,8 % en valeur, et le Japon de 14,2 % ; l&rsquo;Europe de l&rsquo;Ouest perd 7,5 %. En revanche, la France, quatri\u00e8me march\u00e9 mondial, affiche une hausse de 5,2 % en valeur. Si l&rsquo;Asie (- 15,6 % en valeur, &#8211; 20,4 % en volume) cumule les effets de la crise \u00e9conomique et du piratage, l&rsquo;Am\u00e9rique latine voit le Br\u00e9sil, apr\u00e8s une baisse en 2001, remonter au premier semestre 2002 (+ 7,1 % en valeur, + 18,7 % en volume). Le ph\u00e9nom\u00e8ne est encore plus sensible au Chili (+ 29 % en valeur). Ainsi, derri\u00e8re le r\u00e9sultat global fortement affect\u00e9 par les ventes aux Etats-Unis et au Japon (plus de 50 % du march\u00e9 mondial), l&rsquo;impact du piratage sur l&rsquo;\u00e9conomie du disque se r\u00e9v\u00e8le tr\u00e8s variable, suivant les pays et les ann\u00e9es. Preuve que le d\u00e9veloppement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la gravure de CD-R (CD enregistrables) ne peut \u00eatre accus\u00e9 d&rsquo;avoir un impact syst\u00e9matiquement n\u00e9gatif, contrairement \u00e0 ce que l&rsquo;industrie du disque voudrait faire accroire.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>INSTRUMENT DE PROPAGANDE<\/strong><\/p>\n<p>Qu&rsquo;en est-il, d&rsquo;autre part, sur le plan culturel ? Les copies priv\u00e9es de CD audio participent, \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, \u00e0 amplifier la diffusion de la musique, en particulier parmi les jeunes &#8211; qui n&rsquo;ont que rarement les moyens financiers d&rsquo;acheter tous les CD qu&rsquo;ils voudraient \u00e9couter -, ainsi que dans les cat\u00e9gories de la soci\u00e9t\u00e9 dont les revenus sont les plus modestes. Faut-il \u00e9trangler \u00e0 tout prix cet acc\u00e8s, certes sauvage et incontr\u00f4lable, \u00e0 une source de culture ? Quels seront les effets \u00e0 long terme de cette fluidification de la diffusion de la musique ? Les jeunes qui s&rsquo;\u00e9changent aujourd&rsquo;hui des CD-R pirates ou qui t\u00e9l\u00e9chargent des fichiers MP3 sur Internet ne seront-ils pas, lorsqu&rsquo;ils auront des revenus suffisants, des acheteurs de CD ?<\/p>\n<p>Pour les artistes, le manque \u00e0 gagner sur les supports de leurs \u0153uvres ne contribue-t-il pas \u00e0 remplir leurs salles de concert ? Doit-on confondre les pertes de revenus, locales et peut-\u00eatre temporaires, des majors du disque avec une perte pour la soci\u00e9t\u00e9 ? La pression de l&rsquo;industrie de la musique, saisie d&rsquo;une frayeur panique face aux nouveaux moyens que le num\u00e9rique apporte \u00e0 ses clients, ne peut masquer l&rsquo;ensemble des dimensions d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne mondial qui favorise ind\u00e9niablement l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la culture de ceux qui en sont le plus priv\u00e9s pour des raisons \u00e9conomiques. Le piratage, s&rsquo;il r\u00e9duit les gains imm\u00e9diats des industriels dans les pays d&rsquo;Europe centrale, d&rsquo;Asie ou d&rsquo;Afrique, apporte, aux Etats-Unis en particulier, un formidable instrument de propagande culturelle. <\/p>\n<p>Peut-on gagner tout de suite sur tous les tableaux ? Quant \u00e0 l&rsquo;avenir, enfin, la r\u00e9volution du num\u00e9rique n&rsquo;en est encore qu&rsquo;\u00e0 ses pr\u00e9misses. Le nombre de foyers \u00e9quip\u00e9s d&rsquo;un ordinateur et d&rsquo;un acc\u00e8s \u00e0 Internet continue \u00e0 cro\u00eetre rapidement. Les \u00e9quations \u00e9conomiques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui n&rsquo;ont donc pas grand-chose \u00e0 voir avec ce qu&rsquo;elles seront demain, lorsque plusieurs milliards d&rsquo;individus seront reli\u00e9s, presque en permanence, \u00e0 la Toile. Par rapport \u00e0 la d\u00e9marche du client traditionnel qui se rend dans un magasin pour acheter un CD ou un DVD, le consommateur de musique ou de cin\u00e9ma \u00e0 la maison des prochaines ann\u00e9es sera enti\u00e8rement diff\u00e9rent. Aux supports physiques des \u0153uvres, disques ou livres, s&rsquo;ajouteront les flux de donn\u00e9es d\u00e9livr\u00e9s par les r\u00e9seaux \u00e0 haut d\u00e9bit (c\u00e2ble, ADSL, satellites), qui engendreront de nouveaux modes de consommation.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Ce bouleversement technologique perturbe les pratiques commerciales bien \u00e9tablies et contraint tous les \u00e9diteurs, de musique, de films, mais aussi de livres ou de journaux, \u00e0 inventer de nouveaux modes de diffusion. Qu&rsquo;ils rechignent \u00e0 le faire et pr\u00e9f\u00e8rent tenter de pr\u00e9server le plus longtemps possible une situation \u00e9tablie et rentable est compr\u00e9hensible, mais aussi r\u00e9v\u00e9lateur d&rsquo;un conservatisme frileux. Cela ne justifie en rien que l&rsquo;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 se mobilise pour d\u00e9fendre des int\u00e9r\u00eats financiers corporatistes. La cause serait d&rsquo;ailleurs vaine, car irr\u00e9aliste, tout comme les sommes astronomiques investies par l&rsquo;industrie du disque dans les syst\u00e8mes de protection contre la copie des \u0153uvres enregistr\u00e9es. Si elles \u00e9taient affect\u00e9es aux recherches sur des innovations int\u00e9grant les \u00e9normes possibilit\u00e9s offertes par le num\u00e9rique, ces sommes se r\u00e9v\u00e9leraient certainement plus profitables, \u00e0 moyen et \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>Avant de penser \u00e0 p\u00e9naliser leurs clients, les \u00e9diteurs pourraient faire preuve d&rsquo;imagination ou d&rsquo;un minimum de sens commun. Comment justifier, par exemple, que le prix du dernier double CD audio de Johnny Halliday, A la vie, \u00e0 la mort, soit de 23,43 euros pour 97 minutes de musique, lorsque les 107 minutes du DVD Ast\u00e9rix et Ob\u00e9lix sont propos\u00e9es \u00e0 20 euros ? Sans parler des CD audio single, premi\u00e8res victimes du piratage, proposant deux chansons pour 5 euros ! Si les maisons de disques commencent \u00e0 admettre que ces prix sont excessifs, en \u00e9ditant des s\u00e9ries plus \u00e9conomiques de CD audio r\u00e9cents \u00e0 9 euros, comme Proxima estacion Esperanza, de Manu Chao, c&rsquo;est sans doute \u00e0 cause de la pression du piratage. Dans ce secteur, en effet, pas de concurrence de produits asiatiques pour pousser les prix \u00e0 la baisse : cinq entreprises d\u00e9tiennent plus de 70 % du march\u00e9 mondial.<\/p>\n<p>Ainsi, la condamnation du piratage doit certainement tenir compte de multiples facteurs et ne pas franchir certaines limites. En particulier celle de la p\u00e9nalisation du consommateur, qui paye son produit et d\u00e9sire en effectuer une copie \u00e0 usage priv\u00e9 sur un support dont le prix int\u00e8gre une redevance pour droits d&rsquo;auteur. Parall\u00e8lement, la sanction du piratage commercial, qui tire un profit financier de la copie ill\u00e9gale, doit \u00eatre sans merci. Entre les deux, la r\u00e9pression des pratiques d&rsquo;\u00e9change gratuit entre individus semble \u00e0 la fois techniquement improbable et contre-productive. Une redevance mod\u00e9r\u00e9e sur les abonnements aux connexions Internet pourrait constituer une extension de celle qui s&rsquo;applique aux supports vierges. L&rsquo;explosion du nombre des internautes compenserait alors en partie les baisses de ventes. Et la tol\u00e9rance d&rsquo;une dose de \u00ab\u00a0piratage priv\u00e9\u00a0\u00bb favoriserait la diffusion de la culture musicale dont la soci\u00e9t\u00e9, mais \u00e9galement l&rsquo;industrie du disque, ne pourrait, \u00e0 terme, que tirer profit.<\/p>\n<p>[source &#8211; lemonde.fr]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La copie ill\u00e9gale de CD audio et de DVD vid\u00e9o, apr\u00e8s celle des logiciels, d\u00e9cha\u00eene les passions. 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