{"id":2916,"date":"2004-01-19T10:50:47","date_gmt":"2004-01-19T09:50:47","guid":{"rendered":"https:\/\/destinationcyber.com\/?p=2916"},"modified":"2004-01-19T10:50:47","modified_gmt":"2004-01-19T09:50:47","slug":"limpossible-suprematie-de-leuro","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/destinationcyber.com\/?p=2916","title":{"rendered":"L&rsquo;impossible supr\u00e9matie de l&rsquo;euro"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Ces derniers temps, le march\u00e9 des changes provoque l&rsquo;effet d&rsquo;un film d&rsquo;horreur. <\/p>\n<p>Non qu&rsquo;Alan Greenspan prenne des airs de Frankenstein ou que Jean-Claude Trichet rev\u00eate la cape du comte Dracula : c&rsquo;est la sarabande d\u00e9moniaque de l&rsquo;euro et du dollar qui donne des frissons \u00e0 ses acteurs et aux spectateurs. Les premiers prennent des positions hardies en redoutant que les banques centrales leur tombent dessus. Les seconds s&rsquo;effraient d&rsquo;une Europe affaiblie par une monnaie trop ch\u00e8re ou frissonnent d&rsquo;aise \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une Am\u00e9rique dop\u00e9e par la chute de son billet vert. D&rsquo;autres encore vibrent de voir l&rsquo;euro enfin fort. Fini l&rsquo;humiliation d&rsquo;une monnaie qui tombe ! Avec l&rsquo;envol de sa devise, l&rsquo;Europe affirmerait sa puissance. Au point de remettre en cause l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie du dollar, vieille de trois quarts de si\u00e8cle. Frissons de gloire.<\/p>\n<p>Publicit\u00e9 <\/p>\n<p>C&rsquo;est une question \u00e0 plusieurs centaines de milliards d&rsquo;euros ou de dollars : l&rsquo;euro menace-t-il le primat du dollar ? La Banque centrale europ\u00e9enne n&rsquo;y est pas hostile, mais n&rsquo;y tient gu\u00e8re. En la mati\u00e8re, elle ressemble \u00e0 sa voisine Bundesbank. La banque centrale allemande r\u00e9p\u00e9tait qu&rsquo;elle ne voulait pas voir le mark devenir une grande monnaie internationale. Ce r\u00f4le entra\u00eene en effet une volatilit\u00e9 accrue des taux de change et une complexit\u00e9 renforc\u00e9e du pilotage mon\u00e9taire. Mais ce qui \u00e9tait vrai pour une Allemagne de l&rsquo;Ouest \u00e0 moins de 60 millions d&rsquo;habitants ne l&rsquo;est plus pour une zone euro \u00e0 plus de 300 millions d&rsquo;habitants. Et l&rsquo;Am\u00e9rique use de son privil\u00e8ge mon\u00e9taire avec une ostentation qui pourrait finir par devenir insupportable.<\/p>\n<p>Car la monnaie internationale offre plusieurs avantages capitaux au pays qui l&rsquo;\u00e9met. Premi\u00e8rement, ce pays imprime des billets que la plan\u00e8te s&rsquo;arrache. C&rsquo;est le seigneuriage, \u00e9tudi\u00e9 en d\u00e9tail par le nobel d&rsquo;\u00e9conomie Robert Mundell. A la mi-2003, le montant des coupures en monnaie am\u00e9ricaine atteignait 659 milliards de dollars. Une bonne partie de ces billets (jusqu&rsquo;aux deux tiers, selon certaines estimations) circulent hors des Etats-Unis. Or, quand un grossiste russe glisse des poign\u00e9es de billets verts \u00e0 un n\u00e9gociant de cuir d&rsquo;Istanbul, les deux hommes \u00e9changent en fait des titres de dette \u00e0 taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat z\u00e9ro sur l&rsquo;Etat f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain. Cadeau !<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me atout, l&rsquo;\u00e9metteur de la monnaie internationale emprunte \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger dans sa propre monnaie. Il ne prend donc pas de risque de taux de change sur ses cr\u00e9dits. A l&rsquo;inverse, par exemple, des Argentins qui ont v\u00e9cu un cauchemar financier apr\u00e8s la d\u00e9valuation du peso d\u00e9but 2002. Troisi\u00e8me atout, ses titres de dette se vendent facilement et \u00e0 faible taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Le pays peut ainsi durablement s&rsquo;endetter et vivre longtemps au-dessus de ses moyens. Tout en claironnant \u00e0 ses partenaires que \u00ab notre monnaie, c&rsquo;est votre probl\u00e8me \u00bb. En am\u00e9ricain, cette insouciance porte un nom : le \u00ab benign neglect \u00bb.<\/p>\n<p>Une monnaie internationale se reconna\u00eet \u00e0 deux attributs. D&rsquo;abord, elle est un outil d&rsquo;\u00e9change, \u00e9talon de mesure et moyen de paiement. Ici, le dollar reste roi. Sur les march\u00e9s de mati\u00e8res premi\u00e8res, il n&rsquo;a pas recul\u00e9. Les producteurs de p\u00e9trole commencent toutefois \u00e0 s&rsquo;inqui\u00e9ter, justifiant leurs efforts pour maintenir le baril au-del\u00e0 des 30 dollars par un pouvoir d&rsquo;achat d\u00e9clinant dudit dollar. Sur les march\u00e9s de marchandises, l&rsquo;euro repr\u00e9sentait en 2001 de 10 % \u00e0 15 % des facturations, contre 40 % pour le dollar, selon la Commission europ\u00e9enne. Certains indices laissent \u00e0 penser que son poids n&rsquo;a gu\u00e8re progress\u00e9, sauf chez les voisins de la zone euro. Et, sur les march\u00e9s des changes, l&rsquo;euro pesait moins lourd en 2001 que le mark allemand en 1992 (enqu\u00eate triennale de la Banque des r\u00e8glements internationaux). Des chiffres plus partiels mais plus r\u00e9cents, produits par les grandes banques mondiales, n&rsquo;indiquent pas de d\u00e9collage de l&rsquo;euro.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre signe distinctif d&rsquo;une monnaie internationale est son r\u00f4le d&rsquo;instrument de r\u00e9serve. Ici, la mont\u00e9e de l&rsquo;euro est visible. Dans les r\u00e9serves des banques centrales, le poids de l&rsquo;euro a progress\u00e9 de moiti\u00e9 en deux ans. A 19 % fin 2002, il reste toutefois tr\u00e8s en de\u00e7\u00e0 des 65 % du dollar (chiffres du FMI). Selon la BCE (\u00ab Review of the international role of the euro \u00bb, d\u00e9cembre 2003), la part de la monnaie europ\u00e9enne a mont\u00e9 dans les pr\u00eats bancaires internationaux (25 % en 2002, 5 % de plus qu&rsquo;en 1999) et dans l&rsquo;activit\u00e9 obligataire internationale (30 % de l&rsquo;encours \u00e0 la mi-2003 contre 21 % en 1999). De la mi-2002 \u00e0 la mi-2003, l&rsquo;euro a fait jeu \u00e9gal avec le dollar dans les \u00e9missions d&rsquo;obligations internationales. Aujourd&rsquo;hui, sur le seul march\u00e9 obligataire priv\u00e9, il le devance.<\/p>\n<p>La vraie lacune de l&rsquo;euro est ailleurs : sur le march\u00e9 de la dette publique. Ce n&rsquo;est pas une question de taille globale. A 3.700 milliards d&rsquo;euros, la dette des pays de la zone euro d\u00e9passe l\u00e9g\u00e8rement celle des Etats-Unis. C&rsquo;est une question de fragmentation. Une OAT fran\u00e7aise n&rsquo;est pas exactement un Bund allemand. Or la finance mondiale a besoin d&rsquo;un socle massif et homog\u00e8ne sur lequel elle \u00e9labore ses valeurs par des \u00ab spreads \u00bb (\u00e9carts) successifs. Les investisseurs exigent un march\u00e9 sur lequel ils sont s\u00fbrs de trouver instantan\u00e9ment des montants colossaux \u00e0 \u00e9changer &#8211; m\u00eame s&rsquo;ils le font tr\u00e8s rarement. C&rsquo;est le coeur d&rsquo;une monnaie mondiale. Aujourd&rsquo;hui, seule la dette publique am\u00e9ricaine offre ce gisement \u00ab liquide et profond \u00bb. Seule une explosion financi\u00e8re des Etats-Unis, envisag\u00e9e dans un texte tr\u00e8s d\u00e9battu actuellement outre-Atlantique (1), pourrait changer la donne.<\/p>\n<p>Pour que l&rsquo;euro devienne une vraie monnaie internationale, l&rsquo;Europe doit avoir sa dette publique. Ce qui suppose que les pays de l&rsquo;euro se mettent d&rsquo;accord pour mettre leurs dettes d&rsquo;Etat dans un pot commun. Ou que les Vingt-Cinq se mettent d&rsquo;accord pour la cr\u00e9ation d&rsquo;un Etat f\u00e9d\u00e9ral qui pourrait alors emprunter massivement. Les deux solutions exigent la cr\u00e9ation d&rsquo;une fiscalit\u00e9 commune. On en est loin. Le dollar continuera encore longtemps de donner des frissons d&rsquo;espoir aux uns et d&rsquo;angoisse aux autres.<\/p>\n<p>[source &#8211; lesechos.fr]&nbsp;JEAN-MARC VITTORI<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces derniers temps, le march\u00e9 des changes provoque l&rsquo;effet d&rsquo;un film d&rsquo;horreur. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_citadela_custom_class":"","footnotes":""},"categories":[17],"tags":[],"class_list":["post-2916","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economia"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2916","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2916"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2916\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2916"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2916"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2916"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}