{"id":1453,"date":"2003-05-02T18:12:25","date_gmt":"2003-05-02T16:12:25","guid":{"rendered":"https:\/\/destinationcyber.com\/?p=1453"},"modified":"2003-05-02T18:12:25","modified_gmt":"2003-05-02T16:12:25","slug":"pillee-et-envahie-dimmondices-bagdad-a-peur-et-doute-de-son-avenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/destinationcyber.com\/?p=1453","title":{"rendered":"Pill\u00e9e et envahie d&rsquo;immondices, Bagdad a peur et doute de son avenir"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le \u00ab\u00a0business\u00a0\u00bb d&rsquo;apr\u00e8s-guerre est florissant : tout s&rsquo;ach\u00e8te, tout se vend&#8230;\n<\/p>\n<p>D\u00e9routante Bagdad&#8230; On l&rsquo;imagine lib\u00e9r\u00e9e, tourn\u00e9e vers l&rsquo;avenir, press\u00e9e de relever le d\u00e9fi de l&rsquo;apr\u00e8s-Saddam. On la d\u00e9couvre, au contraire, h\u00e9sitante, apeur\u00e9e, et terriblement seule. <\/p>\n<p>Les 12 000 GI&rsquo;s dans l&rsquo;agglom\u00e9ration y sont d&rsquo;une grande discr\u00e9tion. Les partis politiques s&rsquo;agitent en vase clos, pr\u00e8s des cam\u00e9ras mais loin des soucis du peuple. Et si la ville se redresse par endroits, c&rsquo;est avant tout \u00e0 elle-m\u00eame qu&rsquo;elle le doit. Il faut d&rsquo;ailleurs la voir, cette capitale de 5 millions d&rsquo;habitants : des aurores au couvre-feu (19 heures en p\u00e9riph\u00e9rie, 23 heures dans le centre), elle cherche ses rep\u00e8res dans l&rsquo;adversit\u00e9, avance \u00e0 pas prudents, sans aucune certitude.<\/p>\n<p>Bagdad n&rsquo;est ni en guerre ni en paix ; plut\u00f4t dans un \u00e9trange \u00ab\u00a0entre-deux\u00a0\u00bb dont elle ignore la dur\u00e9e. Au moins, l&rsquo;heure n&rsquo;est-elle plus au chaos. Les pillages ont cess\u00e9. Quelques groupes isol\u00e9s tentent bien de r\u00e9cup\u00e9rer ce qui peut l&rsquo;\u00eatre dans les b\u00e2timents d\u00e9vast\u00e9s apr\u00e8s la chute du r\u00e9gime, mais leurs butins se limitent \u00e0 des bric-\u00e0-brac de planches et de ferraille. C&rsquo;est \u00e0 croire qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 voler, que les gamins de l&rsquo;ex-Saddam City, le bastion chiite des faubourgs, ont d\u00e9j\u00e0 tout emport\u00e9, revendu, recycl\u00e9. Les Bagdadis n&rsquo;oublieront jamais ces journ\u00e9es de vol et de feu. Ils en restent profond\u00e9ment marqu\u00e9s. La ville, elle, en porte les stigmates : immeubles incendi\u00e9s, devantures d\u00e9fonc\u00e9es, rues jonch\u00e9es de d\u00e9bris, de feuilles volantes.<\/p>\n<p>COMMERCES FERM\u00c9S<\/p>\n<p>Plus de saccages, donc, mais une capitale traumatis\u00e9e et m\u00e9fiante. Ainsi, bien que la situation se soit nettement am\u00e9lior\u00e9e depuis deux semaines, une majorit\u00e9 de commerces gardent porte close. Rares sont les restaurants ouverts. Idem pour les magasins d&rsquo;ordinateurs, de mat\u00e9riel hi-fi ou de v\u00eatements. Une partie de la population demeure clo\u00eetr\u00e9e chez elle. Dans la journ\u00e9e, alors que les risques d&rsquo;agression paraissent pourtant tr\u00e8s limit\u00e9s, les femmes sortent peu, ou alors en groupes. Les hommes se chargent de faire des courses, si possible en voiture. La nuit venue, ils resteront chez eux, une arme \u00e0 port\u00e9e de main. Chacun, ici, en a d\u00e9sormais une. Par les temps qui courent, il est m\u00eame plus facile d&rsquo;acheter une Kalachnikov que de faire le plein de carburant.<\/p>\n<p>Dans ce Bagdad sans loi ni autorit\u00e9, les soir\u00e9es sont longues. Souvent, des rafales retentissent. Deux, trois, dix coups de feu&#8230; Fusillade entre Irakiens ? Accrochage avec les Am\u00e9ricains ? Simple jeu entre voisins s&rsquo;entra\u00eenant au tir ? Impossible \u00e0 savoir, les informations manquent, la ville n&rsquo;est que rumeurs. Seules certitudes : des agressions (vols de voitures, tentatives de cambriolage) ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 signal\u00e9es, de m\u00eame que des repr\u00e9sailles visant des membres du parti Baas de Saddam Hussein.<\/p>\n<p>Si les Am\u00e9ricains surveillent divers sites officiels, s&rsquo;il leur arrive \u00e9galement de patrouiller \u00e0 bord de chars ou de survoler en h\u00e9licopt\u00e8re tel ou tel p\u00e2t\u00e9 de maisons, ils sont loin d&rsquo;assurer toutes les missions de maintien de l&rsquo;ordre. Le prochain renforcement de leur dispositif (3 000 \u00e0 4 000 hommes suppl\u00e9mentaires) ne devrait pas suffire \u00e0 combler les manques. Par endroits, la capitale semble livr\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, en particulier la nuit. Faute d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, des quartiers entiers sont plong\u00e9s dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Seuls les privil\u00e9gi\u00e9s poss\u00e9dant un groupe \u00e9lectrog\u00e8ne peuvent continuer \u00e0 s&rsquo;\u00e9clairer. Les autres attendront le retour du courant. Il reviendra peut-\u00eatre. Comme pour l&rsquo;eau, l&rsquo;incertitude est de mise.<\/p>\n<hr \/>\n<p>A l&rsquo;approche du couvre-feu, les voitures disparaissent, les gosses cessent de jouer au football sur les avenues d\u00e9sertes, il ne reste plus que quelques cambrioleurs en maraude. La rue devient le domaine des chats, des rats, des chiens errants, pr\u00eats \u00e0 se disputer les tas d&rsquo;ordures qui s&rsquo;entassent, faute de ramassage. Plus les jours passent, plus la capitale ressemble \u00e0 une immense d\u00e9charge, envahie par les mouches. Certains habitants br\u00fblent les d\u00e9tritus, d&rsquo;autres glissent quelques billets aux rares \u00e9boueurs op\u00e9rationnels. Partout ailleurs les immondices encombrent les trottoirs, engorgent les caniveaux. Aucune \u00e9pid\u00e9mie n&rsquo;a encore \u00e9t\u00e9 signal\u00e9e mais, la chaleur aidant, la situation sanitaire se d\u00e9grade.<\/p>\n<p>Au r\u00e9veil, les habitants s&rsquo;accrochent au moindre signe de retour \u00e0 la normalit\u00e9 : un \u00e9picier qui ose lever son rideau de fer, un policier municipal qui se risque \u00e0 r\u00e9gler la circulation, les h\u00f4pitaux qui fonctionnent tant bien que mal&#8230; L&rsquo;\u00e9picentre de cette renaissance demeure l&rsquo;h\u00f4tel Palestine o\u00f9 les m\u00e9dias ont \u00e9tabli leur \u00ab\u00a0QG\u00a0\u00bb. On y vient pour s&rsquo;informer, manifester, chercher un emploi. Les nouveaux partis s&rsquo;activent, font signer des p\u00e9titions, recrutent des militants le long des avenues embouteill\u00e9es. Un \u00e0 un, les quartiers alentour retrouvent un semblant d&rsquo;animation. Le \u00ab\u00a0business\u00a0\u00bb de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre y est florissant. Essence, armes, whisky, cigarettes, cartes grises, voitures vol\u00e9es, antennes paraboliques, liaisons t\u00e9l\u00e9phoniques par satellite&#8230; tout s&rsquo;ach\u00e8te, tout ce vend. Il suffit d&rsquo;avoir des liasses de dinars ou de dollars.<\/p>\n<p>LA VIANDE EST UN LUXE<\/p>\n<p>La nourriture ne manque pas non plus. A condition d&rsquo;y mettre le prix. La viande est devenue un luxe, son co\u00fbt a doubl\u00e9 en un mois pour atteindre 7 000 dinars le kilo (un peu plus de 3 euros), soit le salaire mensuel d&rsquo;un enseignant. Les produits laitiers sont rares. Le pain pose probl\u00e8me : les ma\u00eetresses de maison doivent le cuire \u00e0 domicile, sur des r\u00e9chauds \u00e0 p\u00e9trole. Les \u0153ufs, en revanche, restent accessibles, tout comme les fruits et l\u00e9gumes. Dans les classes moyennes, les repas quotidiens sont donc constitu\u00e9s de pommes de terre, de riz et de ratatouille. Dans les milieux plus modestes, on compte encore sur les provisions pour six mois, distribu\u00e9es avant le conflit. Lentilles, haricots blancs, sucre, th\u00e9, farine&#8230;<\/p>\n<p>Les r\u00e9serves semblent bien garnies. Mais pour combien de temps ? La population, min\u00e9e par un sentiment d&rsquo;impuissance, vit l&rsquo;urgence du quotidien : manger, travailler, survivre. Le reste, \u00e0 commencer par la reconstruction politique du pays, lui para\u00eet secondaire. Chacun essaie de retourner sur son lieu de travail. Les employ\u00e9s tentent de retrouver leurs patrons, les fonctionnaires leurs chefs de services. Tous m\u00e8nent une ext\u00e9nuante course aux informations.<\/p>\n<p>Que faire, \u00e0 qui s&rsquo;adresser, quand les minist\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits ? Un peu partout, des r\u00e9unions sont organis\u00e9es, des comit\u00e9s se cr\u00e9ent, des nouvelles plut\u00f4t encourageantes commencent \u00e0 filtrer. Celle-ci, notamment : les \u00e9coles pourraient rouvrir leurs portes, samedi matin 10 mai, et les universit\u00e9s une semaine plus tard. Les Bagdadis voudraient y croire mais ne peuvent s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;en douter, car bien des \u00e9tablissements ne sont pas en \u00e9tat d&rsquo;accueillir les \u00e9l\u00e8ves. Et puis, qui paiera les enseignants ? L&rsquo;argent est la pr\u00e9occupation premi\u00e8re. Les bas de laine s&rsquo;amenuisent, et nul ne sait si les clients des banques pill\u00e9es seront d\u00e9dommag\u00e9s. L\u00e0 encore, Bagdad s&rsquo;\u00e9puise en questions, s&rsquo;interroge sur son avenir. Elle voudrait des dates, un \u00e9ch\u00e9ancier, des certitudes. Les Am\u00e9ricains peinent \u00e0 la rassurer.<\/p>\n<p>[source &#8211; lemonde.fr]&nbsp;Philippe Broussard<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le \u00ab\u00a0business\u00a0\u00bb d&rsquo;apr\u00e8s-guerre est florissant : tout s&rsquo;ach\u00e8te, tout se vend&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_citadela_custom_class":"","footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-1453","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bricabrac"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1453","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1453"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1453\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1453"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1453"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/destinationcyber.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1453"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}