Au Danemark, les femmes enceintes reçoivent une liste de conseils pratiques afin qu’elles limitent leur exposition aux produits chimiques.
Il leur est recommandé d’utiliser le moins possible de cosmétiques, de ne pas se colorer les cheveux, de bannir les peintures et les produits en spray…
La science soulève un enjeu majeur de santé publique et de société.
« Les problèmes de l’appareil reproducteur masculin sont aujourd’hui potentiellement aussi graves que le réchauffement climatique », affirme sans détour le professeur danois Niels Skakkebaek, directeur de recherche à l’hôpital universitaire de Copenhague.
Dans les pays industrialisés, on observe une diminution de l’ordre de 50 % du nombre et de la qualité des spermatozoïdes, un doublement de l’incidence du cancer des testicules et une multiplication de certaines malformations génitales chez l’homme.
« Quelque chose que nous ne connaissons pas menace les humains », résume le docteur Niels Jorgensen, endocrinologue et andrologue à l’hôpital universitaire de Copenhague.
Cette augmentation des affections qui altèrent la fertilité masculine s’est produite en cinquante ans, pendant lesquels des milliers de substances chimiques ont envahi le marché et notre quotidien.
Depuis quinze ans, des scientifiques, surtout au Danemark et aux Etats-Unis, traquent la piste de notre environnement chimique.
Les études et les observations menées sur des animaux apparaissent édifiantes.
Tout se passe comme si le système endocrinien était piégé par des molécules chimiques.
Au départ, cette hypothèse est apparue audacieuse et a été controversée.
Mais l’observation du monde animal se révèle implacable.
Des grenouilles mâles exposées à des pesticides deviennent hermaphrodites, des alligators voient le taux de testostérone chuter, des populations de poissons dans les rivières et les estuaires se féminisent…
Le monde animal serait-il à l’image de ce qui risque de nous arriver?
Si certains produits chimiques fabriqués par l’homme peuvent agir comme des hormones, les conséquences à long terme sont « considérables ».
Nous sommes chaque jour exposé à un cocktail de molécules chimiques contenus dans les objets en plastique, les cosmétiques, les emballages alimentaires, etc.
Incroyables découvertes des scientifiques, qui sont désormais persuadés que la thèse des perturbateurs endocriniens (qui agissent sur le système hormonal) est une piste valable.
Cette piste remet en cause une règle majeure en toxicologie qui veut que ce soit la dose qui fait le poison. Actuellement, » il n’y a aucune législation qui tienne compte de l’interaction entre les différentes substances ; on analyse toujours une seule molécule à la fois « .
Si les pesticides, les phtalates, le bisphénol A, etc., bref toutes ces substances introduites à faibles doses dans notre environnement quotidien sont susceptibles de perturber nos hormones, cela signifierait que ce sont la fréquence et la durée de l’exposition qui seraient en cause.
La période foetale serait primordiale à cause des conséquences irréversibles. Il serait donc essentiel, dans un premier temps, de bien protéger les femmes enceintes.
Après avoir mesuré les conséquences de l’exposition d’un rat à trois substances chimiques, un scientifique résume l’enjeu en une formule terrible : » 0+0+0 = 7 « .
Les industriels s’informent sur toutes les nouvelles études et tentent de contrer ces scientifiques, ces « pleurnicheurs endocriniens ». La maîtrise des risques via la « dose journalière tolérée ».
» Nous sommes toujours sur des études sur les rongeurs. Quand nous aurons toutes les informations, nous découvrirons que tout cela n’a pas le même effet sur l’homme « , explique un représentant de l’industrie.
La directive Reach, la nouvelle législation européenne qui impose aux industriels de prouver l’innocuité de leurs produits, pourrait devenir « un tournant majeur dans la réglementation des produits chimiques ».
Le 17 octobre, le gouvernement canadien a annoncé un nouveau règlement visant à interdire l’importation et la vente des biberons en plastique qui contiennent du bisphénol A.
Que faire ? Modifier nos habitudes de consommation ? Changer notre mode vie ? Se mettre à décrypter les listes illisibles et incompréhensibles d’ingrédients de tous les produits que nous achetons ?
Fanch
