Depuis mardi, la boisson énergisante à base de taurine est autorisée dans l’Hexagone.
Le 16 mai, Christine Lagarde a levé le véto français contre Red Bull.
La ministre de l’Economie et le patron de la marque de boisson énergisante, Dietrich Mateschitz, n’ont pas pu trinquer au champagne.
Ce jour-là, la capitale autrichienne est paralysée par d’épouvantables embouteillages.
Le lieu de la cérémonie a dû être modifié au dernier moment et les bouteilles n’ont pas suivi.
Douze ans que Didi Mateschitz attendait ça : faire plier la France.
En 1996, lorsqu’il a voulu y distribuer sa boisson, il savait que ce ne serait pas facile : il avait dû batailler trois ans pour obtenir l’autorisation de la commercialiser en Autriche, cinq ans avant de débarquer en Allemagne et au Canada.
Mais l’Hexagone s’est montré particulièrement coriace.
«Dix fois par an», il envoie des émissaires pour convaincre les autorités.
Entre-temps, la marque que les consommateurs de 140 pays s’arrachent, jusqu’à représenter 70% du marché mondial des boissons énergisantes, se retrouve traitée comme un empoisonneur en puissance.
Red Bull a beau bétonner son dossier, l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) trouve toujours à y redire.
Elle soupçonne une «toxicité rénale», pointe des «effets neuro-comportementaux indésirables», décrit une expérience sur des rats qui, après avoir ingéré sa boisson à la taurine (un acide aminé), étaient tellement excités qu’ils se sont rongé les pattes jusqu’au sang.
Des associations familiales, de leur côté, s’inquiètent de sa fréquente consommation mélangé avec de la vodka.
A Fuschl-am-See, près de Salzbourg, dans son siège en forme de volcan perdu au milieu des bois, l’Autrichien établit un nouveau plan de bataille.
En 2007, il dépose une nouvelle demande d’autorisation.
Dans la composition, il remplace la taurine par de l’arginine (un autre acide aminé).
Et présente sa boisson sous un faux nez : oublié Red Bull, voici Bullit.
Cette fois-ci, les autorités françaises ne trouvent rien à y redire.
Mais en coulisses, ses juristes ont trouvé la faille : passé presque inaperçu à l’époque, un décret du 16 octobre 2006 a changé les règles du jeu. «Désormais, si l’Etat refuse d’autoriser un produit pour des raisons sanitaires, c’est à lui de prouver sa nocivité», décrypte un conseiller de Christine Lagarde.
Or, l’Afssa n’a jamais pu produire plus que des «soupçons».
Après s’être vu notifier une nouvelle interdiction en juillet 2007, Red Bull attaque donc l’Etat français devant le tribunal administratif de Paris.
Le rapport de force est inversé : la France risque d’être condamnée à payer plus de 300 millions d’euros d’indemnités.
Pour un gouvernement qui se serre la ceinture, une telle amende ferait mauvais genre.
Ultime provocation, Mateschitz donne l’ordre de commercialiser du Bullit…
En avril dernier, 150 Mini Cooper bleues et acier surmontées de canettes géantes envahissent les rues de Paris.
L’audience au tribunal, prévue en mai, se rapproche.
Entre le cabinet de Christine Lagarde et le directeur juridique de Red Bull, les échanges d’e-mails s’intensifient.
Dans la nuit du 15 au 16 mai, un accord est trouvé.
Bercy lève son véto contre la recette à base de taurine.
En échange, Red Bull retire sa plainte et s’engage à inscrire des messages de prévention sur ses canettes.
Officiellement, Dark Dog (Karlsbrau), Burn (Coca-Cola) et les autres marques de boissons énergisantes sont très zens.
Fanch
