Boudés par les internautes, les producteurs de disques veulent le gâteau du pillage de la musique

L’année 2006 a été « décevante » pour le marché de la musique française.

Cet euphémisme employé par le Syndicat des éditeurs phonographiques français (Snep) qui représente principalement les majors du disque, traduit le bilan d’une année qui a vu le marché repartir à la baisse, après une stabilisation en 2005.

La filière s’alarme non seulement de l’aggravation de la chute des ventes de CD (-12,4% à 819 millions d’euros prix de gros hors taxes au lieu d’une baisse limitée à 1,8% en 2005) mais du retard au décollage des ventes sur Internet en France.

Les ventes numériques n’ont pesé dans le chiffre d’affaires des éditeurs que 43,5 millions d’euros, loin de compenser la perte de 116 millions sur le marché des CD, selon les chiffres définitifs communiqués lundi le cadre du Marché international du disque et de l’édition musicale (Midem).

Et la vente par téléphonie mobile en représente les deux tiers, tandis que sur Internet, seulement 17 millions d’euros de chiffre d’affaires ont été générés en 2006.

La France, malgré un niveau d’équipement haut débit avancé, se classe désormais en queue du développement du téléchargement légal de musique sur Internet: au premier semestre 2006, il pesait 12% du marché de la musique aux Etats-Unis, 5,6% au Royaume Uni, 3,5% en Allemagne et seulement 2,3% en France.

Le marché des ventes numériques a doublé dans le monde en 2006, quand la progression n’a été « que » de 42% en France.

Tout en soulignant qu’en dépit des temps difficiles, les producteurs ont recommencé à investir dans le développement de nouveaux artistes francophones qui représentent 67% des ventes de disques de variétés: tombé de 96 à 10 de 2002 à 2004, le nombre de nouvelles signatures pour des chanteurs francophones est remonté à 62 en 2006.

L’inquiétude est aussi sensible du côté des producteurs indépendants.

Pour Stéphane Bourdoiseau, président de l’UPFI (Union des producteurs phonographique français indépendants), et président du label Wagram, « dans les années qui viennent, la question de la survie est posée pour des entreprises comme la mienne ».

L’UPFI a interpellé les candidats à l’élection présidentielle, estimant que la filière a besoin de 100 millions d’euros pour continuer à investir dans la production locale.

Pour l’avenir, « On doit savoir comment le futur président de la République entend se positionner sur la question de la lutte contre le piratage, et quelles mesures fiscales, systèmes d’aides ou de compensation, il est prêt à mettre en place pour que la création de valeur en faveur des technologies et des fournisseurs d’accès Internet qui s’est opérée grâce au pillage de la musique, reviennent à la production musicale« , avertit Stéphane Bourdoiseau.

Fanch