Plus d’un million d’e-mails en provenance de Wanadoo vers les clients de l’hébergeur OVH ont disparu. France Télécom soupçonne OVH d’avoir installé une liste noire. OVH réfute l’accusation.
Entre le 7 et le 16 février 2005, les e-mails émis par Wanadoo vers les clients de l’hébergeur OVH n’ont pas atteint leur destination. A raison d’environ 200 000 courriels quotidiens, ce sont plus de 1,5 millions de messages électroniques qui ont disparus. Une situation dommageable tant pour le fournisseur d’accès que pour le prestataire de service qui déclare héberger un site français sur quatre.
D’autant plus dommageable que l’origine du problème n’a, à ce jour, pas été clairement élucidée. Et chacun des acteurs se renvoie la balle. Pour Octave Klaba, directeur technique chez OVH, le problème vient clairement de France Télécom, maison mère de Wanadoo : « Nous avons fait des tests et, quand on ne fait pas transiter les e-mails par Open Transit [filiale de France Télécom qui gère la bande passante, ndlr], ça marche ». Pour autant, il est incapable d’expliquer le problème d’un point de vue technique.
Blacklist pour toute explication
De son côté, France Télécom est convaincu que OVH a mis une liste noire (blacklist) qui filtre les e-mails en provenance de Wanadoo. L’opérateur historique justifie cette manoeuvre par une tentative de pression de l’hébergeur pour obtenir un accord de peering qui consiste à connecter deux réseaux IP sans faire intervenir d’échange commerciaux. Autrement dit, mutualiser de la bande passante.
Accord que France Télécom refuse à OVH qu’il juge inéligible. Il faut effectivement que les deux partie s’y retrouvent en matière d’échange de bande passante et OVH n’atteindrait pas les critères de 500 Mbit/s de trafic notamment exigés par France Télécom. Une explication que réfute OVH. « Nous avons fait les démarches nécessaires au niveau des installations (nous sommes présents sur PariX avec connexion de 1Gbps) et nous remplissons l’ensemble des critères pour peerer (nous avons par exemple plus de 650Mbps de trafic vers France Telecom et ils acceptent des peerings à partir 500Mbps) », écrivait, le 10 août 2004, les responsables de l’entreprise dans une rubrique du site dédiée à l’augmentation de bande passante. « Malgré tout France Telecom ne souhaite pas établir de peering en nous précisant que les critères viennent (encore) de changer …ça fait 2ème fois qu’ils nous font ce coup… »
Passer par la méthode forte
Surtout, le texte se termine sur une mise en garde envers France Télécom. « Si malgré tout, début septembre, notre requête de peering reste toujours dans le vide, nous allons devoir passer par la méthode forte pour se faire entendre. On espère de ne pas devoir aller jusque là !! » Un historique, toujours lisible sur le site d’OVH, qui ne joue en faveur de ce dernier. Pour Octave Klaba, « il y a un malentendu sur la question du peering ». Laquelle n’aurait donc rien à voir avec l’affaire des e-mails disparus ces derniers jours. « Nous avons commis l’erreur d’avoir voulu profiter de ce problème de routage des e-mails pour aborder une nouvelle fois la question du peering avec France Télécom », justifie le directeur technique qui jure de ne jamais avoir installé aucune blacklist.
La stratégie du filtrage des courriels en provenance de Wanadoo avait déjà été employée, avec succès, par Free qui ne parvenait pas à obtenir un élargissement de la bande passante. Inspiré par la méthode, OVH aurait-il à son tour tenté le forcing? Difficile à dire tant chacun des acteurs campe sur ses positions. Si, depuis hier, le trafic des e-mails entre Wanadoo et les domaines des sites hébergés par OVH est rétabli, l’origine du problème n’a toujours pas été formellement élucidée. Une affaire dont les utilisateurs payent, encore une fois, les frais.
[source – vnunet.fr] Christophe Lagane
