L’industrie du disque récuse l’appel du Nouvel Obs

Pour les professionnels du disque, le débat n’a plus lieu d’être. Le dialogue doit laisser place aux poursuites pour limiter les dégâts économiques.

L’industrie du disque n’a évidemment pas apprécié l’initiative du Nouvel Obs sous le slogan « Libérez la musique/Nous sommes tous des pirates ». Lancée la semaine dernière sur fond de sanction d’un internaute pour partage illégal de fichiers musicaux, cette initiative vise à protester contre les condamnations « exemplaires » des internautes pris la main dans le sac, tout en évoquant l’idée d’une taxe forfaitaire sur les connexions Internet qui viserait à légaliser les échanges de fichiers en ligne.

Une idée que ne partagent pas les professionnels du disque. Dans un communiqué commun, le SNEP (Syndicat national des éditeurs phonographiques), la SCPP (Société civile des producteurs phonographiques), la SPPF (Société civile des producteurs de phonogrammes en France) et l’UPFI (Union des producteurs phonographiques français indépendants) souhaitent rappeler « quelques vérités essentielles ». A commencer par « la baisse des ventes de disques de plus de 30 % » qu’engendre la fréquentation des réseaux d’échange de fichiers peer-to-peer (P2P). Le chiffre avancé est surprenant dans la mesure où, selon le SNEP lui-même, l’année 2004 n’a connu « qu’un » ralentissement de 14,3 %. Peut-être faut-il y voir le cumul des résultats de ces dernières années. Le communiqué ne le précise pas.

Réussir le pari de la musique en ligne

C’est donc pour ne pas mourir que l’industrie du disque justifie les poursuites judiciaires lancées en 2004 après deux ans de moratoire et présentées comme « un moyen et non une fin en soi pour prendre conscience des droits intellectuels et économiques de la filière musicale ». Des actions en justice « ciblées » d’autant plus justifiées qu’elles interviennent « au moment où des centaines de milliers de titres sont disponibles à la vente sur plus d’une douzaine de plateformes légales à des prix inférieurs à ceux des CD en magasins » . Enfin, si les sociétés de production « sont ouvertes à la discussion » , les signataires du communiqué s’interrogent sur l’intérêt de remettre en cause, aujourd’hui, « des débats démocratiques qui ont déjà eu lieu au Parlement français et au sein des institutions européennes ».

Il semble donc que l’on assiste à un dialogue de sourds entre, d’un côté, une industrie qui se sent menacée et s’accroche à son modèle économique (d’autant que, avec seulement 1 % des ventes, celui de la musique en ligne reste, pour les producteurs, à trouver) et, de l’autre, un mouvement qui demande un temps de réflexion sur la situation. Car, même exemplaires, il n’est pas certain que les procès dissuadent beaucoup les millions d’utilisateurs des réseaux P2P. Il suffit de voir ce qui se passe aux Etats-Unis où la RIAA n’en continue pas moins, près de 18 mois après le lancement des premières actions en justice, de déposer régulièrement des plaintes contre les internautes. Et pourtant, dans les deux cas, il s’agit bien de, comme le souligne le SNEP, « réussir le pari de la musique en ligne ».

[source – vnunet.fr] Christophe Lagane