Le haut-débit bon marché fait enfin une percée dans les campagnes

Dès février, le département de l’Orne sera intégralement couvert. Une première en France, réalisée avec le WiMAX, une technologie de haut-débit sans-fil.

Début 2005, les autoroutes de l’information débouleront à grande vitesse chez les Aiglons, les Fertois, les Putangeois, les Vimonastériens et tous leurs voisins. Les habitants des villages de l’Orne auront en effet tous droit au haut-débit à un prix raisonnable. Et d’autres départements français, comme l’Eure, la Vendée et l’Hérault, devraient rapidement suivre. Le début d’une réduction plus rapide que prévue de la fracture à la connexion numérique, due au WiMAX .

Cette technologie sans-fil, complémentaire de l’UMTS et du Wi-Fi, promet un débit de 70 Mbit/s et une portée de 50 kilomètres. En réalité, les opérateurs parlent plutôt de 12 Mbit/s et de 20 kilomètres. De quoi, avec quelques dizaines de stations de base – il y en a une vingtaine en Vendée et une trentaine dans l’Orne -, couvrir tout département.

« Dans l’Eure, si on additionne les déclarations de France Télécom sur l’ADSL et les nôtres, on aboutit à une couverture de 99,97% de la population », explique Jean-Paul Rivière, le PDG de l’opérateur Altitude Télécom , en charge des premiers déploiements WiMAX.

Une alternative au fil de cuivre semble en effet indispensable. Au-delà de quelques kilomètres des répartiteurs téléphoniques, l’ADSL ne fonctionne plus, excluant une partie de la population. « Si l’on veut avoir du 2 Mbit/s, la couverture tombe à 90-92 %, en tenant compte de technologies pas encore déployées comme le Reach DSL . Même des gens comme Alcatel n’annoncent pas de technologies DSL notoirement meilleures en terme de distance vis-à-vis des répartiteurs. »

39 euros par mois pour un accès à 1 Mbit/s

Un problème d’éloignement des répartiteurs crucial dans un département rural comme l’Orne. 290 000 habitants, 505 communes, des cantons avec 18 habitants au km 2 , ici les répartiteurs sont chose rare. « Début 2003, seuls 39 % de notre population étaient éligibles à l’ADSL, contre 60 % en moyenne en France, et aucun déploiement spécifique n’était prévu, explique Alain Pelleray, le directeur de cabinet du président du Conseil général. Nous étions soumis à une pression politique montante, provenant des entreprises comme des individus, en particulier des nombreux Parisiens disposant d’une résidence secondaire dans notre département. »

En juillet dernier, le Conseil général a bien signé la Charte des départements innovants de France Télécom. Mais il a décidé d’accélérer le mouvement en dépensant 7,9 millions d’euros sur sept ans pour s’équiper en WiMAX avec Altitude Télécom. Dès février 2005, l’ensemble du département sera donc couvert.

Et pour un prix raisonnable. Une connexion à 1 Mbit/s coûtera 39 euros par mois, tout compris et sans frais de raccordement, avec un abonnement pour deux ans. Soit moins que les forfaits par satellite disponibles actuellement, mais bien plus que le haut-débit par cuivre. « Nous sommes plus chers que l’ADSL, constate Jean-Paul Rivière. Concrètement, quelqu’un qui a le choix avec le WiMAX dans l’Orne a intérêt à s’abonner l’ADSL jusqu’en 2006. »

Aujourd’hui, Altitude Télécom est l’unique opérateur à disposer d’une licence nationale d’utilisation des fréquences du WiMAX. Mais il ne compte pas rester le seul à en proposer au particulier. « Nous avons pris l’engagement auprès des départements de revendre notre service aux opérateurs qui le demanderaient. Notre ambition, c’est que des Tiscali, des neuf telecom aient une offre WiMAX, en se fournissant en connexion auprès de nous. Nous avons d’ailleurs engagé des négociations en ce sens avec certains opérateurs. »

Et la concurrence devrait s’accélérer dans les prochains mois lorsque l’ART (Autorité de régulation des télécommunications) décernera une deuxième licence nationale d’exploitation du WiMAX.

[source – 01net.com] Ludovic Nachury