La Banque de France, en perte de puissance depuis la création de l’euro et de la Banque centrale européenne (BCE), doit se réformer mais sa restructuration pourrait se faire dans la douleur, deux études internes préconisant de conserver au mieux la moitié de son réseau territorial, au pire un dixième seulement.
Les études, établies par le secrétaire général de la banque, Yves Barroux, et remises vendredi au gouverneur Jean-Claude Trichet, préconisent l’abandon de succursales pour n’en conserver qu’entre 21 et 106 sur les 211 existantes.
Vendredi soir, les syndicats de la Banque de France se sont dits « assommés » et « sous le choc ». Selon eux, la fermeture de 95 succursales concernerait 3.200 emplois équivalents temps plein, et la fermeture de 62 succursales, 2.600. Une intersyndicale doit se tenir lundi après-midi.
De son côté, l’association des maires ruraux de France avait protesté dès jeudi contre « le démantèlement des missions d’intérêt général » de la BdF.
Redoublant de prudence, la Banque de France, dans un communiqué distinct, assure qu' »il n’est pas dans (ses) intentions de procéder à quelque licenciement que ce soit ».
Et d’insister : « à ce stade, aucune décision n’a été prise, ni par le conseil général (de la banque), ni par le gouverneur. Une période de large consultation avec les syndicats et les élus (locaux) concernés va désormais s’ouvrir ».
« Ce n’est qu’à l’issue de cette phase de concertation que la banque arrêtera un projet de décision qui sera présenté aux institutions représentatives du personnel », a-t-elle précisé.
Dans sa première étude, Yves Barroux arrête quatre options d’implantation territoriale, sans préciser de calendrier : « un modèle régional composé de 21 succursales (…), un modèle modulaire à maille régionale composé de 62 implantations permanentes (…), un modèle départemental constitué de 95 succursales (et) un modèle départemental aménagé fondé sur le maintien d’une succursale par département et composé de 106 sites ».
La solution serait « de retenir comme cible à moyen-long terme pour le réseau le modèle modulaire à maille régionale », soit 62 succursales, préconise-t-il. Mais « dans la mesure où une démarche progressive serait adoptée pour atteindre cette architecture cible, le modèle départemental aménagé (106 succursales) pourrait être retenu comme une étape intermédiaire », concède-t-il.
Le réseau de la BdF doit s’adapter « à l’ensemble des évolutions de l’environnement technique, économique et financier », a justifié son secrétaire général.
En créant l’euro et la BCE, l’Union économique et monétaire européenne a privé la BdF de ses missions principales : elle ne décide plus désormais de la politique monétaire à suivre (baisse ou hausse des taux directeurs).
La rationalisation des coûts est également avancée pour justifier la réforme : « la banque se doit d’avoir une gestion aussi exemplaire que possible et rendre les meilleurs services au meilleur coût pour la collectivité », indique la BdF, citant Jean-Claude Trichet.
Car l’euro prive aussi la banque de ressources : l’Etat français a supprimé dans le budget rectificatif pour l’année 2002 les 800.000 euros annuels alloués au Conseil de la politique monétaire, qui a eu pour charge entre 1993, date de l’indépendance de la BdF, et 1999, de fixer les taux d’intérêt, désormais décidés par la BCE.
Est également préconisé l’abandon d’ici la fin 2004, de l’activité de gestion des comptes Espèces et titres de la clientèle particulière, « de nature à porter atteinte à la position de neutralité qu’exige le bon exercice des missions de supervision confiées à la banque dans le domaine bancaire ».
[source – yahoo.com]
