Vidéo à la demande : le peer to peer joue l’entremetteur

Pour étoffer leurs catalogues de services légaux de vidéo à la demande, les opérateurs intéressés doivent négocier avec les majors du cinéma. La prochaine charte antipiratage pourrait faciliter les négociations qui bloquent sur la question du filtrage du peer to peer.

Dans un contexte de fort développement du haut débit en France, de nouveaux services de divertissement apparaissent comme la vidéo à la demande (VOD). Une étude de Jupiter Research datant de mars 2003 indiquait que le marché de la VOD devrait passer de 349 millions à 2,2 milliards de dollars en 2008. Un certain avantage est donné aux câblo-opérateurs, déjà habitués à diffuser des bouquets de chaînes de télévision par des tuyaux. Toutefois, les analystes en nouvelles technologies sont partagés sur le réel potentiel commercial de ce type de consommation d’oeuvres audiovisuelles, parallèlement à la location de DVD et le développement de réseaux P2P abritant des fichiers pirates.

Des acteurs ont commencé à acquérir un certain savoir-faire dans ce domaine. Par exemple, la start-up pionnière Moviesystem, rachetée en juin dernier par le groupe Canal Plus, exploite la VOD pour son propre compte (via Netciné.fr) ou propose ses services à des portails FAI en confectionnant des espaces VOD clés-en-main (comme chez Wanadoo, Club-Internet ou Noos). Fort de son implication dans la télévision par ADSL depuis fin 2003, France Télécom propose le service MaLigne TV, commercialisé en produit unique ou en complément des bouquets de télévision par ADSL (TPS L ou Canalsat DSL).

Négociations au sommet

Selon une dépêche de DowJones/Newswires diffusée début octobre, des groupes américains comme Time Warner, Twentieth Century Fox ou Paramount approchent les opérateurs européens comme T-Online en Allemagne ou France Télécom en France pour s’informer sur les débouchés sur les nouveaux réseaux comme le PC ou le téléphone mobile multimédia. L’un des principaux points d’achoppement porte sur les conditions d’acquisition des droits d’exploitation des films dans un cadre « on demand » (je consomme un film à l’heure que je choisis en payant à l’acte ou dans le cadre d’un forfait). Les majors réclament des garanties sur la commercialisation d’offres de vidéo à la demande légales, payantes et sécurisées.

Une exigence qui atteint son paroxysme lorsque l’on évoque les risques de piratage des films : avant d’entrer dans les négociations commerciales, les studios américains voudraient imposer aux opérateurs télécoms un filtrage a priori des accès aux services P2P. Un engrenage dans lequel France Télécom refuse d’entrer. L’opérateur télécoms espère que la signature d’une prochaine charte antipiratage entre fournisseurs d’accès Internet et les groupes cinématographiques – sous la tutelle du gouvernement (une formule qui a déjà marché pour l’industrie musicale) – permettra d’aplanir les tensions sur le sujet. Une réunion interprofessionnelle dans ce sens devrait se tenir au ministère de la Culture le mercredi 20 octobre.

France Télécom, distributeur de programmes

Chez France Télécom, la vidéo à la demande est perçue comme une nouvelle valeur d’usage des programmes audiovisuels pour l’ensemble de ses réseaux. L’opérateur télécoms, qui se positionne comme un distributeur de programme, est conscient de la nécessité de se rapprocher des grands groupes de production et de diffusion audiovisuelles. Ainsi France Télécom s’appuie sur Moviesystem pour étoffer son service MaLigne TV, ce qui représente presque 60 % de son fond de catalogue. Mi-septembre, l’opérateur télécoms recensait 15 000 abonnés à ce service VOD.

D’autres acteurs télécoms sont tentés par l’exploitation de la vidéo à la demande. Le groupe Iliad, exploitant du service d’accès Free, cherche à combiner un canal vidéo à la demande et son boîtier multiplay Freebox tandis que Tiscali France compte inaugurer un service « home cinéma » d’ici la fin de l’année.

[source – vnunet.fr] Philippe Guerrier