Le CNC et l’Alpa étudient le piratage de films en ligne

Un nouveau rapport montre que le piratage des films n’affecte pas les œuvres françaises avant leurs sorties en salles. L’industrie du cinéma élabore une charte antipiratage similaire à celle signée pour la musique.

Entre le 1er août 2003 et le 31 juillet 2004, 468 films cinématographiques en version française, répartis en 588 fichiers numériques, se sont illégalement retrouvés sur les réseaux d’échanges de fichiers peer-to-peer (P2P). Plus de la moitié de ces fichiers illégaux sont des films américains et 116 sont des productions françaises.

L’étude conjointe du Centre national du cinéma (CNC) et de l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa) sur « L’offre ‘pirate’ de films sur Internet », rendue publique la semaine dernière à l’occasion d’un congrès d’exploitants de salles, ne se contente pas de compléter le rapport publié à l’occasion du Festival de Cannes 2004. Elle fournit également un état des lieux du développement du phénomène de téléchargement illégal de films, tant du point de vue de leur provenance que de leur délai d’apparition en ligne.

En moyenne, les versions pirates des films apparaissent sur le Net 37 jours après leur sortie en salles (17 jours pour les œuvres américaines et plus de quatre mois pour les films français). Autre différence marquante entre les titres venus d’outre-Atlantique et nationaux : aucun film français n’a été, sur la période étudiée, piraté avant sa sortie en salles alors qu’aux Etats-Unis, nombre de blockbusters sont disponibles en ligne avant de l’être dans les salles. Cette disponibilité est généralement due aux fuites constatées dans la chaîne de post-production, ce qui semble ne pas arriver en France. « On observe un certain niveau de sécurisation sous forme de prise de conscience de la part des professionnels », explique Frédéric Delacroix.

90 % des films disponibles avant leur sortie en DVD

En revanche, les affaires se corsent pour les films qui ont connu une exploitation en salles. Plus de 90 % des films, tant français qu’américains, se retrouvent sur les réseaux P2P avant leur sortie en DVD ou cassette vidéo. « L’impact de la piraterie est susceptible d’être plus marqué sur le marché de la vidéo que sur celui de la salle », conclut le rapport. « Mais, à la différence de l’industrie musicale, le cinéma est confronté à la chronologie des médias », précise Frédéric Delacroix, délégué général de l’Alpa. En France, un film ne peut sortir en DVD ou vidéo que six mois après sa sortie en salle, ce qui laisse le temps aux pirates de réaliser et de diffuser des copies pirates. Là encore, l’avantage reste dans le camps des films français qui apparaissent dans leur version numérique en ligne « seulement » 57 jours avant leur sortie en DVD contre plus de 6 mois pour les films américains.

Les copies illégales proviennent de différentes sources. Si la « télésynchro » (qui consiste à filmer une projection en salle à l’aide d’une caméra numérique avec, éventuellement, le repiquage du son à partir d’une autre source) est la technique utilisée pour 16 % des fichiers pirates, c’est bien la duplication de DVD commerciaux qui, avec plus 68 % des cas, constitue la principale source de piratage. « Un film sorti en DVD se retrouve le soir même en ligne », explique le responsable de l’Alpa.

Vers une charte antipiratage

Face à ce piratage de plus en plus systématique, l’industrie du cinéma commence à s’organiser. Outre le coup de filet qui, en septembre dernier, a permis de démanteler un réseau de « pirates », l’Alpa a commencé des discussions avec les fournisseurs d’accès afin de définir une charte antipiratage pour l’audiovisuel, équivalente à celle signée par l’industrie du disque cet été. Cette charte devrait voir rapidement le jour mais aucune date n’a été fixée. L’Alpa envisagera alors de mettre en place des outils de surveillance automatique. « Nous n’avions pas le droit jusqu’à la récente loi qui nous permet désormais de collecter les données mais il nous faudra obtenir l’accord de la Cnil », précise le délégué général de l’Alpa. Ces surveillances automatiques serviront à « alerter les internautes dans un premier temps ».

[source – vnunet.fr] Christophe Lagane