Soucis techniques, critiques sur le processus d’enchères ou sur le prix trop élevé: l’horizon s’assombrit pour l’introduction en Bourse de Google, censée offrir un retour profitable sur investissement aux créateurs du plus célèbre des moteurs de recherche sur l’internet.
Avec les prix record du pétrole et le recul de la Bourse, le sujet fait la Une des médias économiques depuis quelques jours aux Etats-Unis.
Annoncée comme imminente, l’arrivée de Google sur le Nasdaq pourrait ne pas survenir avant la deuxième quinzaine d’août. Il est question de problèmes sur un site web d’enregistrement des acheteurs, mais aussi, d’après les analystes, du peu d’empressement témoigné pour une action si chèrement vendue.
« Ils ont exclu tout le monde sauf les investisseurs institutionnels » et autres riches fonds d’investissement, a même estimé un cadre dirigeant de la high-tech, cité vendredi par le New York Times.
Google compte vendre au public 24,6 millions d’actions –soit environ 9% de son capital– à un prix qu’il a anticipé entre 108 et 135 dollars, sachant que le prix définitif d’introduction dépendra du niveau des enchères.
« Il y a cinq ans vous auriez vendu n’importe quoi à ce prix là, aujourd’hui le marché est plus sceptique », analyse George Perry, spécialiste des marchés boursiers à la Brookings Institution.
« Un tel prix requiert beaucoup d’optimisme sur ce que seront leurs résultats dans le futur », ajoute-t-il.
Selon David Menlow, du site spécialisé IPOfinancial.com, la principale inquiétude porte sur la capacité de l’action à conserver un tel niveau élevé quand les échanges auront commencé.
« Je ne pense pas que les investisseurs institutionnels souhaitent participer à des enchères à un prix si élevé. Ils se demandent qui sera là pour soutenir ensuite le titre », indique l’analyste.
Larry Page et Sergey Brin, les cerveaux qui ont créé Google en 1998, tenaient mordicus au procédé des enchères électroniques, enlevant aux banques d’affaires trop mouillées dans les récents scandales leur traditionnelle prérogative d’allocation.
Selon eux, les enchères sont synonymes d’actionnariat plus diversifié. Se traduisant par un prix élevé dès la première cotation (l’offre la plus haute sera retenue) elles évitent l’enrichissement d’un petit nombre avec de rapides allers-retours sur une action en plein envol, un scénario courant à la fin des années 90.
Mais les intentions a priori nobles du duo Page-Brin révèlent aujourd’hui des écueils qu’ils n’avaient pas soupçonnés en avril, en annonçant leur grand projet.
« La malchance pour Google est de faire son entrée sur un marché boursier faible, ce qui réduit forcément l’enthousiasme », poursuit George Perry.
Ebranlée par les prix du pétrole et des mauvaises nouvelles sur l’emploi, la Bourse américaine est retombée vendredi à des niveaux qu’elle n’avait pas connus depuis plusieurs mois.
Le Nasdaq, que Google ambitionne de séduire, a reculé au plus bas depuis fin août 2003, alors qu’il avait déjà perdu 8% sur le seul mois de juillet, marqué par les prévisions décevantes de géants du secteur technologique comme Intel.
Est-ce un mauvais présage? Le 3 août, la firme de nanotechnologies Nanosys, autre étoile montante de la Silicon Valley, a décidé de suspendre son introduction en Bourse, mettant en avant les mauvaises conditions du marché.
Pour David Menlow, il est peu probable que Google renonce à son système d’enchères ou même abaisse sa cible de prix.
Toutefois « si les offres sont plus faibles (en deçà des 108 USD), l’entreprise n’est pas obligée de les accepter », conclut l’analyste.
[source – yahoo.com] (AFP)
