Internet reste une opportunité pour la musique, selon Zelnik

L’internet reste une opportunité pour l’industrie musicale, estime Patrick Zelnik, P-DG de la maison de disque indépendante Naïve, en soulignant toutefois qu’il faut éviter toute « concurrence déloyale ».

Dans une interview à Reuters, il prône aussi le respect de la « spécificité » des produits culturels et s’étonne que les contrats d’artistes puissent être qualifiés de contrat de travail, évolution qui a permis à plusieurs chanteurs comme MC Solar et, plus récemment, Johnny Hallyday de rompre leurs accords et de récupérer leurs bandes originales.

« Le contrat d’exclusivité, c’est la base qui permet à une maison de disques de prendre des risques. Le mettre en doute, c’est rendre très vulnérable le métier de producteur. Je ne crois que les artistes soient en situation de salariés. Je ne dis pas que les revenus des artistes sont indus. Mais qu’on ne dise pas non plus que les profits des maisons de disques sont indus ».

Patrick Zelnik, qui a créé Virgin France en 1980 et qui l’a dirigé jusqu’à 1997 avant de fonder Naïve en 1998, juge qu’il n’est « pas normal » que les masters (bandes originales) soient valorisés selon les coûts d’enregistrement. « Pour moi, les masters devraient être valorisés comme les catalogues de films en actualisant le profit sur quinze ans. Une maison de disques ne fonctionne pas exactement comme n’importe quelle entreprise ».

Il minimise ainsi le risque de voir de plus en plus d’artistes s’autoproduire et distribuer leur production en utilisant le réseau internet qui se développe. « Il y a des artistes qui peuvent devenir des chefs d’entreprise, d’autres pas. Je ne crois pas qu’il y ait de contradiction entre l’argent et la culture. L’un a besoin de l’autre. Il y a tellement d’artistes. Il y en a qui ne veulent pas s’autoproduire. Il y aura toujours des contrats d’artistes ».

L’INDUSTRIE DOIT FAIRE SON MEA CULPA

Pour lui, il faut « une expertise particulière pour vendre des disques sur l’internet » et cela nécessite des années.

Il pense que l’industrie du disque peut tirer profit de l’internet. « A condition qu’il n’y ait pas de concurrence déloyale, je pense que l’internet reste une opportunité formidable, y compris pour le CD », assure-t-il.

« Globalement, l’intérêt pour la musique a été boostée par l’internet. Dans un sens, cela a été négatif pour l’industrie du disque dans la mesure où on parlait sans arrêt de la disparition du CD. Mais je n’y crois pas du tout. La nouvelle façon de consommer la musique ne remet pas en cause le pré-existant ».

Il souligne que les graveurs livrés avec les micro-ordinateurs ont fait plus de mal aux ventes de disques.

Patrick Zelnik défend la charte signée le 28 juillet entre l’industrie du disque et les fournisseurs d’accès à l’initiative du gouvernement. « C’est une condition absolument nécessaire d’un équilibre entre les tuyaux et les contenus », estime-t-il.

« Je ne crois pas qu’il faille culpabiliser les internautes. Il faut leur dire la vérité. La vérité, c’est que l’industrie ne pourra pas survivre et que s’il n’y a plus de producteur et plus d’artiste, il n’y aura plus de musique gratuite sur l’internet ».

Il reconnaît que l’industrie du disque doit « faire son mea culpa sur certaines choses », en particulier le marketing à outrance qui a abouti à un quasi-doublement du seuil de rentabilité des albums à 100.000 exemplaires pour les majors tandis que les indépendants doivent en vendre 40.000.

Il explique qu' »une dépendance trop grande à l’égard de la distribution » est dangereuse. « Une segmentation artificielle peut aboutir à une banalisation de la musique. On se retrouve devant des espèces de juke box qui risquent de remettre en cause la possibilité pour le créateur de créer de manière autonome ».

« C’est à nous de proposer au public une offre séduisante, diversifiée, mais il ne faut pas se laisser marginaliser par des industriels qui n’ont rien à voir avec notre métier », dit-il.

[source – yahoo.com] (Reuters)William Emmanuel