Cisco dévoile son routeur pour l’Internet de demain

Destiné à la convergence des réseaux d’opérateurs vers IP, le CRS-1 est le routeur le plus puissant du marché. Il achemine aussi bien les services haut-débit comme la vidéo à la demande que les simples appels téléphoniques.

« Cette plate-forme est entièrement nouvelle, de simples extensions de l’existant ne pouvaient pas suffire ». C’est ainsi que John Chambers, le PDG de Cisco, a présenté mardi 25 mai le CRS-1 (Carrier Routing System), le plus gros routeur que la société ait jamais bâti.

Le CRS-1 est destiné au coeur des réseaux d’opérateurs. Très évolutif, il est capable de fonctionner 24 heures sur 24, sans interruption, même lors de l’ajout de nouveaux services, de cartes additionnelles ou d’interventions de maintenance. Une haute disponibilité qui est due notamment à la refonte du système d’exploitation IOS traditionnel de Cisco dans un système de nouvelle génération baptisé IOS XR.

La plate-forme CRS-1 débute avec une capacité de traitement de 1,2 Tbit/s grâce à 16 cartes d’interface à 40 Gbit/s. Elle monte jusqu’à une capacité maximale de 92 Tbit/s et de 1152 cartes d’interface. Il faut noter que pour calculer ces capacités de traitement, Cisco additionne les flux entrants et sortants. Ce routeur est, en outre, le premier du marché à être équipé d’interfaces à 40 Gbit/s (dans ce cas, une seule est présente par carte), répondant aux standards OC-768c et STM-256c. La limite était jusqu’à présent de 10 Gbit/s (OC-192). Ce qui fait dire à John Chambers, « Nous avons multiplié la capacité par cent et la vitesse par quatre ».

Visioconférence, téléphonie, vidéo à la demande…

De telles performances serviront à une kyrielle de services en haut-débit sur IP : téléphonie, visioconférence, vidéo à la demande, TV haute définition, sans oublier les jeux en réseau et le téléchargement de musique. L’opérateur MCI et Cisco ont d’ailleurs réalisé une démonstration de la puissance d’un lien à 40 Gbit/s en simulant tous ces services simultanément sur une liaison entre San Francisco et San José.

Dans le même temps, le CRS-1 servira à basculer progressivement sur Internet les communications téléphoniques des particuliers. « Cela prendra des années , indique toutefois Wolfgang Schmitz, vice-président de T-Com, filiale de Deutsche Telekom, qui commercialise des accès DSL résidentiels et client de Cisco, l’horizon est 2020 ».

En attendant, « la convergence vers une infrastructure IP unique débute au coeur des réseaux, grâce à la réduction des coût qu’elle amène en fondant plusieurs infrastructures en une seule, plus simple à gérer » , estime Kathryn Walker, vice-présidente chez Sprint, qui a déjà en production sur son réseau un CRS-1. Sprint testera les interfaces à 40 Gbit/s, d’ici une semaine. MCI, pour sa part, sera bêta testeur du CRS-1 à partir du mois de juin prochain. Le produit répond à sa stratégie de délivrer des services MPLS, au niveau mondial.

Face au CRS-1, quelle sera la réaction de Juniper ? Son routeur haut de gamme T640 gère 32 ports à 10 Gbit/s. L’équipementier devrait annoncer une plate-forme multichâssis, basée sur l’interconnexion de huit T640. Une concurrence qui a du bon. En témoigne, Wolfgang Schmitz, qui entend conserver Juniper et Cisco comme fournisseurs sur son backbone : « Cela stimule la compétition, nous évite d’être dépendants d’un seul fournisseur et permet de s’assurer du respect des standards, grâce au maintien de l’intéropérabilité entre des plates-formes de différentes origines ».

Une conception radicalement modulaire

Dans un routeur CRS-1, les cartes d’interface sont séparées des cartes de traitement de haut niveau. De base, un système comprend seize cartes d’interface, chacune d’une puissance de 40 Gbit/s. Ces cartes peuvent être équipées de liens télécoms de tout type. En associant soixante douze systèmes de base et huit châssis de traitement, un opérateur bâtira un routeur gérant jusqu’à 1152 cartes d’interface.

Une révolution : l’IOS, le système d’exploitation de Cisco, est abandonné. Baptisé IOS XR, le nouveau système est structuré de façon totalement modulaire et repose sur un micro noyau temps réel et sécurisé. Chaque service devient un processus qui peut être arrêté ou lancé sans interférer avec les autres : BGP, MPLS, QoS (Qualité de service) et ACL (Access Control List) . L’interface de commande en ligne, en revanche, est conservée.

[source – 01net.com] Jean Pierre Blettner, à San José