Musique et cinéma unis contre les pirates (et les FAI)

Dans la lutte contre le piratage, la musique, secteur touché depuis longtemps déjà, et le cinéma, qui l’a découvert plus tard, agissaient jusqu’à présent chacun de leur coté.

Vivendi Universal, présent dans les deux industries, a organisé à l’Olympia (propriété maison) un « atelier de sensibilisation à la piraterie électronique de contenus culturels ». On y notamment entendu, chose rare, un artiste s’exprimer sur le sujet. « Le piratage ne va pas assécher la création, mais il risque d’assécher la diffusion, a affirmé Maxime Le Forestier. C’est l’ensemble du secteur qui est au coeur d’un séïsme. Je ne conais pas les solutions, mais je voudrais que les gamins qui ont envie de chanter puissent le faire dans des conditions décentes. »

Cet atelier a été l’occasion pour les repésentants d’associations professionnelles de faire part de leurs inquiétudes et de les exposer notamment à quelques députés et sénateurs présents. Plusieurs des textes législatifs actuellement en discussion peuvent en effet avoir un impact sur la lutte contre le phénomène : loi sur l’économie numérique, loi sur les droits d’auteur et droits voisins, paquet télécoms, et même le projet Perben contre la grande criminalité, dont un chapitre est consacré à la contrefaçon.

Si en matière de piratage, « la musique a servi d’appartement témoin », selon les mots de Gilles Bressand, le président du Syndicat national de l’édition phonographique (Snep), le cinéma réalise progressivement les risques qu’il encourt. « Le succés d’une centaine de grands films dans le monde permet chaque année aux producteurs de faire tous les autres films, a expliqué Nicolas Seydoux, le PDG de Gaumont et président de l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa). Si ces films sont piratés, c’est toute la chaîne qui disparaît. »

Pour expliquer cette prise de position commune, Nicolas Seydoux a expliqué que « musique et cinéma sont les seuls domaines où la contrefaçon a la même qualité que l’original ». Une notion de contrefaçon plusieurs fois mise en avant : celle-ci a encore plus mauvaise presse que le piratage et est pour l’instant plus lourdement sanctionnée. Mais « les délits de piratage vont être assimilés aux délits de contrefaçon, donc les sanctions vont être alourdies », a annoncé le député François d’Aubert, par ailleurs président en exercice du Comité national anti-contrefaçon (Cnac).

Reste qu’au-delà des pirates eux-mêmes, c’est une autre catégorie d’acteurs que le Snep, l’Alpa et les entreprises qu’ils représentent ont dans le collimateur. Les fournisseurs d’accés sont coupables à leurs yeux d’offrir l’indispensable haut-débit aux téléchargeurs et surtout de se servir du téléchargement comme argument marketing majeur. Et ils en ont entendu de toutes les couleurs à l’Olympia. Les réponses judiciaires « qui viendront si la situation perdure », selon Gilles Bressand, pourraient-elles être appliquées à ces FAI qu’un autre intervenant a qualifié de « complices de vols »? La réponse n’a pas été donnée, mais la menace est assez précise.

Aucune représentant des FAI n’était présent pour répondre. On aurait pu entendre à ce sujet l’organisateur de l’événement, Vivendi-Universal, présent également dans les télécommunications etl’accés Internet, via les 56% qu’il détient encore dans SFR-Cegetel. Mais très sensibilisé aux problématiques de propriété intellectuelle (sa femme est député européen et dirige au Parlement le débat sur une directive en la matière), Jean-René Fourtou, le PDG de VU, a préféré faire l’impasse sur la question des fournisseurs d’accés. La stratégie tuyaux-contenus, tellement vantée en son temps par son prédécesseur, n’a décidément pas fini de lui gâcher la vie.

[source – journaldunet.com] François Bourboulon