Une entreprise allemande a lancé mardi un téléphone portable permettant de se prémunir des écoutes téléphoniques, ce qui pourrait compliquer la tâche des services de police.
Cryptophone, une entreprise berlinoise, filiale de l’allemand GSMK, a allié un téléphone portable dernier cri à un logiciel de cryptage informatique. Ce dispositif permet de s’assurer que les communications ne soient établies qu’entre deux téléphones de cette société ou entre un Cryptophone et un ordinateur utilisant le même logiciel.
Mais cette avancée technique n’est pas vue d’un bon oeil dans certains pays européens. L’avantage de ce service pour des hommes d’affaires ou des avocats qui partagent des données confidentielles pourrait, selon eux, profiter aux délinquants.
Aux Pays-Bas, des spécialistes en sécurité estiment que cet appareil pourrait compliquer la tâche de la police, une des plus actives au monde en termes d’écoutes téléphoniques avec 12.000 numéros écoutés par an.
Pour les défenseurs de la vie privée, en revanche, le téléphone est une avancée importante pour les libertés.
« C’est un énorme pas en avant, car le degré de surveillance des autorités (sur les citoyens) est sidérant », déclare Simon Davies, directeur de Privacy International, une ONG britannique spécialisée dans la surveillance des particuliers par des entreprises et les gouvernements.
Cryptophone affirme que, contrairement à ses concurrents, le suédois Sectra, le suisse Crypto AG et l’allemand Rohde & Schwarz, il n’a aucun lien avec une agence de sécurité gouvernementale, et que son logiciel n’est pas équipé de « backdoor », ces entrées secrètes ménagées pour les besoins de la sécurité des Etats.
« Tout le monde peut le vérifier par soi-même, nous sommes les seuls à diffuser publiquement le code source (le coeur du programme informatique) », explique Rop Gonggrijp, de NAH6, une société hollandaise spécialisée dans la sécurité. Gonggrijp, qui a travaillé sur le logiciel de cryptage utilisé par ce téléphone, possède des parts dans GSMK.
Le combiné est un XDA construit par le taiwanais High Tech Computer et qui utilise une version modifiée de PocketPC, un système d’exploitation Microsoft. Ces téléphones cryptés se vendent par deux au prix de 3.499 euros la paire.
A ce tarif, Cryptophone espère d’abord séduire les dirigeants des entreprises, les avocats et les banquiers, qui s’échangent par téléphone des informations sensibles, et qui sont prêts à payer cher pour une vraie confidentialité.
L’équipement nécessaire à des interceptions téléphoniques coûte environ 100.000 euros et n’est en théorie disponible que pour les services de sécurité publics. Il est néanmoins arrivé que des groupes criminels parviennent à obtenir de tels outils, explique Gonggrijp.
La technique de cryptologie utilisée par Cryptophone est déjà applicable aux e-mails et aux applications informatiques. L’arrivée de nouveaux portables puissants a permis de transposer cette technologie au téléphone.
Mais le prix élevé devrait limiter son usage.
« Peu de clients moyens se l’offriront. Ceux qui l’utiliseront en auront un usage au sein des entreprises », estime Ian Brown, directeur de la Foundation for Information Policy Research en Grande-Bretagne.
Mais si ces téléphones rencontrent le succès, il est probable que les gouvernements commencent à prendre des mesures contre eux, affirme Davies: « Je ne vois pas les gouvernements ne pas agir ».
Sur son site internet (cryptophone), Cryptophone affirme que son appareil peut être vendu partout en Europe et dans plusieurs pays dans le monde. Des vérifications de casier judiciaire sont prévues.
En France, Cryptophone pourrait se heurter à un autre type de problème: les indications techniques présentes sur le site internet du constructeur affichent un niveau de cryptage de 256 bits, alors que la législation française ne tolère pour l’instant que 128 bits.
[source – yahoo.com] (Reuters)Lucas van Grinsven
