François Bayrou fait-il encore partie de la majorité? L’annonce de l’abstention des députés UDF mardi lors du vote en première lecture sur l’ensemble du budget 2004 a accru les tensions à droite à quatre mois des élections régionales.
L’UMP, qui se serait bien passée de ce coup dur le jour de la célébration de son premier anniversaire, a multiplié lundi les mises en garde au président de l’UDF. Si le divorce n’est pas encore consommé, la séparation est de plus en plus manifeste entre les deux composantes de la majorité.
François Bayrou n’a pas attendu la réunion hebdomadaire mardi matin des 30 députés UDF pour annoncer sa position en vue du vote solennel, prévu à 18h, sur le projet de loi de finances 2004. Les centristes s’abstiendront, comme ils l’avaient déjà fait le 21 octobre sur la partie recettes, a annoncé le président de l’UDF dès dimanche soir sur Europe-1. Cette abstention signifie que budget sera adopté par les 364 députés UMP, qui détiennent à eux seuls la majorité absolue.
Le président de l’UDF, qui devrait annoncer le 13 décembre la constitution de listes autonomes dans la plupart des régions pour les élections de mars prochain, et qui ne fait pas mystère de ses ambitions pour la présidentielle de 2007, reproche au gouvernement d’être resté « sourd » à ses demandes d’amendements. Tout au long du débat budgétaire, les centristes ont demandé en vain au gouvernement de revenir sur la baisse de 3% de l’impôt sur le revenu, la hausse des taxes sur le gazole ou sur la limitation à deux ans de l’Allocation spécifique de solidarité (ASS) versée aux chômeurs en fin de droits.
Pour autant, le président de l’UDF, manifestement soucieux de dédramatiser ce vote, a affirmé que son parti « ne s’éloigne pas » de la majorité présidentielle.
« L’UDF est et demeure dans la majorité. Il n’y a aucune ambiguïté », a complété lundi le député centriste Maurice Leroy. Jouant sur les mots, le député du Loir-et-Cher a rappelé à l’Associated Press que « l’abstention, ce n’est pas un vote contre ». Au passage, il a noté que le RPR de Jacques Chirac avait déjà menacé de s’abstenir en 1980 contre le budget présenté à l’époque par le gouvernement, à majorité UDF, de Raymond Barre. « Il n’y a aucun drame », a-t-il souligné.
L’UMP voit au contraire cette abstention comme une grave entorse au pacte majoritaire. « Soutenir le gouvernement, c’est voter le budget », a rappelé solennellement Alain Juppé dans un entretien au « Parisien-Aujourd’hui en France ». L’UDF « s’éloigne » de la majorité présidentielle, a constaté de son côté le porte-parole de l’UMP François Baroin, en accusant François Bayrou d’avoir une conception « un peu passéiste » de l’action politique.
Officiellement, l’UMP se voulait néanmoins « patiente » avec ses « amis » centristes dans la perspective des élections régionales des 21 et 28 mars 2004. « Jusqu’au soir du dépôt des listes, nous conservons l’espoir d’avoir des listes d’union », a affirmé François Baroin.
Car l’attitude à adopter vis-à-vis de François Bayrou suscite quelques tensions au sein du parti d’Alain Juppé. Si les responsables du parti, et notamment les ex-UDF qui ont rallié l’UMP, multiplient les déclarations fermes à l’égard des centristes et condamnent la « stratégie personnelle » de M. Bayrou, d’autres, à l’image de Nicolas Sarkozy, sont plus accomodants.
Edouard Balladur est sur cette ligne. L’ancien Premier ministre a suggéré une nouvelle fois lundi à Jean-Pierre Raffarin de réunir les dirigeants de l’UMP et de l’UDF « pour qu’ils se parlent et qu’ils arrêtent une position », et de demander un vote de confiance à l’Assemblée nationale si le désaccord persiste. L’idée a été rejetée par François Baroin.
Les caciques de l’UMP auront l’occasion d’en reparler mardi à midi lorsqu’ils se retrouveront au siège parisien du parti pour célébrer le premier anniversaire de la fondation du « grand parti de la droite et du centre ». L’abstention de François Bayrou risque de gâcher la fête.
[source – yahoo.com] AP
